Vision d’une naissance

Vision d’une naissance

Un souvenir hanté m’obsède ;
Et chaque nuit, je suis la même procession,
Serpentant sombrement jusqu’à la possession
Dont l’amnésie est le remède.
Je replonge toujours dans la brume hypnotique,
Le manteau vaporeux de cet être mutique
Dont le froid souvenir m’obsède.

Mon enfance était solitaire.
Spectre muet perdu dans un heureux vacarme
Dont je ne connaissais ni les joies, ni les larmes,
Fantôme aux rêves salutaires,
J’errais sur le goudron d’une école nouvelle
Dont les habitués sont souvent bien cruels
Avec les enfants solitaires.

Mon cœur, mon esprit, étaient vides ;
Loin de toute clarté appelant au bonheur,
Sans aucune beauté portée par la noirceur
Mais un néant des plus avides.
Tous mes mots étaient creux, et ma voix transparente,
Et, telle un prisonnier, ma marche était errante ;
Mon cœur, mon esprit, étaient vides.

Ainsi vint fleurir en mon crâne,
Incessamment nourri par ma vitalité,
S’abreuvant des ruisseaux de l’infantilité
Et de naïveté diaphane,
L’amour des tombes fraîches et des larves grasses ;
Et cette adoration de leurs hideuses grâces,
En fleurissant dans tout mon crâne,

M’offrit une vision spectrale :
Un soir que je longeais les bords du cimetière,
Un souffle transporta mon âme toute entière
Au fond d’un brouillard sépulcral,
Et dans cet océan de volutes mystiques,
Je vis la silhouette, aux yeux fantasmatiques
Dardant une lueur spectrale,

Entre les tombeaux affamés.
Un étrange frisson bourdonnait sous ma peau
Quand cette ombre, drapée dans ses noirs oripeaux
Tendit son bras pour m’appeler,
Et je fus attiré dans la tourbe grouillante
Et par-dessus les puits de ténèbres fuyantes
Qu’étaient ces tombeaux affamés.

Voilà mon funeste héritage,
Celui que j’ai tiré des limbes du grand vide.
Après avoir été le mirage livide
Dont mon enfance fut l’image,
J’ai goûté la saveur des fanges éternelles,
Et désormais, mon corps ne supporte plus qu’elles.
Voilà le funeste héritage

Qui a fait de moi son héraut.
Car dans ce cimetière aux brumes hérétiques,
Quand j’atteignis enfin cette main squelettique,
Mon esprit devint pur chaos ;
Et ainsi, cette nuit, la Mort devint ma reine,
Car c’est en m’accueillant dans sa tombe, sereine,
Qu’elle fit de moi son héraut.

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2 Commentaires
  1. Mireille Masson 4 ans Il y a

    Si magnifiquement bien écrit, dans un rythme choisi particulièrement plaisant, coulant sa musique poétique, on en oublie le thème angoissant et sombre à l’ombre de l’âme de …. Baudelaire ou Hugo ?

    Entièrement fan, encore une fois, je m’étonne du manque de commentaires de cette oeuvre excellente et forte.

    Merci
    Amitié
    Mireille

    • Auteur
      Raldomor 4 ans Il y a

      C’est à moi de vous remercier pour de tels compliments!
      Je suis ravi que cela vous plaise autant!

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