Souvenir 2

Trente années ont passé, je me souviens de tout.
Nos longues promenades, les nuits chaudes et la lune
Nos mains jointes par l’amour à genoux sur la dune
Fidèles tous les deux à l’étrange rendez vous
Dicté par le destin et nos cœurs à la fois
Et la foi de nos cœurs;
Quel bien être absolu
Prodigué par nos corps, si aimants, résolus
A blottir nos ivresses et les vagues d’émoi,
Et la mer agitée scandant jalousement
Nos somptueux ébats ; nulle passion n’égala
En ce lieu, cet endroit, ces délicieux moments

Je conserve aujourd’hui au fonds de la mémoire
Un souvenir ému, pour tous ces instants morts
Ma langue parcourant les formes de ton corps
Aiguisait le désir et me donnait à croire
Que le temps suspendu éternisait l’amour.

J’aurais tant voulu croire en ces instants magiques
Qu’on peut apprivoiser cette sorte de colombe
Que ma passion surgie sur la côte atlantique,
Avait de l’avenir et la puissance d’une bombe.

Cet amour improbable aiguisé par les sens
Eclate dans nos cœurs et emprisonne nos rêves
Il écrit le roman du reste de nos vies
Il est omniprésent et ne connaît de trêve
Qu’au réveil douloureux d’une très longue nuit

Quant on découvre enfin le nombre de ses amants
Quant on ouvre les yeux sur un passé navrant

J’aurais tant aimé croire, et j’y ai cru un peu !
Et j’ai beaucoup souffert, et beaucoup fait souffrir

Mais la nature humaine se complaît au martyr
Qui inspire les poètes, ces semeurs de ciel bleu,
Artistes peu crédibles, passéistes béats,
Adorateurs de femmes et consentantes victimes,
Pour attirer la muse jusque dans leurs ébats.

C’est de l’histoire ancienne, des souvenirs intimes
Et pourtant si présents, si pesants si vivants ;

Les chagrins, les regrets confus et ressassés
Nous forgent des manteaux protecteurs, convaincants,
Et nous échafaudons avec notre passé
Nos sensibilités pour affronter la vie ;
Et toutes nos défaites sont comme les épines
Avant la floraison, elles freinent nos envies,
Et protègent nos âmes des passions chagrines.

Et puis un jour alors qu’on ne l’attendait plus
On a vu une paire d’yeux qui scrutaient au tréfonds
De notre cabinet où naît la réflexion.
Et insidieusement cet amour peu semblable
S’invite à nos ébats ; la passion s’insinue
Au fil de ces heures, banales, incomparables
Authentiques et charmantes, et puis les années passent
La tendresse remplace ce que l’amour a mis
Une complicité si belle et si tenace
Qu’elle franchit les crises qui jalonnent la vie.

Mais il faut le construire, patiemment, résolus,
Une pierre après l’autre l’admirable édifice,
Ce culminant amour qui ignore l’artifice,
Et comme des Sysiphes, recommencer toujours,
Ramener le pavé échappé de la tour
Et lui redonner formes; préciser les contours,
Retravaillant les angles avec grâce et amour.

C’est un labeur ardu, mais il faut s’y résoudre
Et c’est du vrai bonheur que la belle constance
A construire ce temple ; c’est loin des coups de foudre
Une quête absolue qui bannit les souffrances
Les écorchures de l’âme ; et ces banalités
Austères et convenues reflètent en vérité
Une histoire peu banale, et un espoir immense.

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