Salomé

Salomé

Elle avance ses pieds, ses petits pieds blancs à la pointe tendue, au talon retroussé ; les dépose en plume sur le marbre glacé.

Elle laisse tanguer son ventre de houle et le léger taffetas écume son corps de frissons.

Ses yeux se dessinent en dune de désert sous une bulle de brouillard, une tempête de sable.

Et ses cheveux lourds, noirs, étoilés de pistils, s’enroulent autour de ses hanches. Puis elle écarte ses bras pour embrasser le monde, pour embrasser la salle et offrir sa pudeur tandis qu’au loin s’élèvent la douceur d’une flûte, la puissance d’un tambour et les cris jaunes des violons.

Et quoi encore ! Sa langue d’oiseau vient piquer le palais d’une curiosité sifflante, et gangrène les cœurs au rythme des pampilles qui claquent à son iris. Puis la cambrure d’un voile s’échoue et dévoile la dorure d’un nombril et le galbe superbe d’un sein. Alors brille la malice encadrant quelque cuisse dans un coin de l’Esprit.

Les cœurs s’emballent et se déballent, palpitent parfois, meurent et revivent quand reviennent les veines d’un poignet, la torsion d’une cheville, le déchirement d’une gorge, le ronflement rauque de la glace bouillante.

Elle avance au bassin, d’abord droite et fière quand le sol soudain succombe à ses charmes. Il l’attrape aux mollets, elle avance toujours, il l’attrape aux genoux, elle avance encore, il l’enserre à la taille, lui broie les côtes de son étreinte ; elle, reste impassible.

Enfin le buste disparaît laissant le marbre d’un visage aux étoiles éteintes ; Ô Vénus démantibulée, charmant tableau de crépuscule, sourire tordu et figé…

Tête

Tranchée.

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7 Commentaires
  1. Zaza_Dabord 4 mois Il y a

    Depuis lors, Il y a un oiseau qui se pose là, sur la tranche coupée nette… Est-ce pour cela que l’on dit mais je n’en suis pas sûre “c’est une vraie tête d’oiseau, une tête de linotte” ? 🙂

    Joli partage, quelle plume !
    Z. 🙂

  2. Morelie 4 mois Il y a

    Cela fait 9 ans que je traîne sur jepoeme, l’ancien et le nouveau, et c’est la PREMIÈRE fois que je suis sincèrement admiratif devant un texte. Neuf ans c’est long, on se prend non a désespérer, mais on se désillusionne un peu, a tel point d’ailleurs que j’ai cru un moment que ce texte était un plagiat ! Vous me pardonnerez. Mademoiselle, je vais revenir après relecture car votre poème contient trop de subtilités et de bonheurs d’expressions pour en faire une rapide analyse; je ne sais pas toujours être synthétique. Sachez déjà que je vous trouve talentueuse au sens FORT et exact du terme et que vous faites vraiment tâche parmi l’avalanche de textes indigents qui se publient ici.
    A bientôt.
    E.

    • Auteur
      Lightpumpkin 4 mois Il y a

      Je vous remercie sincèrement de votre commentaire qui me fait chaud au cœur ! On m’a dit sur un autre site qu’il était un peu “fouillis” mais sensuel … Je veux bien le croire car j’aime quand les textes évoquent de-ci, de-là des sensations, émotions qui tombent, presque inattendues ! Mais je suis ravie que vous ayez remarqué les jeux d’expression !
      J’étais également sur JEPOEME avant que le site ne soit refait et je l’appréciais beaucoup car l’on pouvait y trouver des conseils bienveillants et avisés ! D’ailleurs les échanges entre “auteurs” m’avaient manqué !

      • Morelie 4 mois Il y a

        Je le redis, vous avez du talent. c’est déjà beaucoup, le talent, cela veut dire que vous avez une affinité avec les mots et l’expression, qui est la forme composée des mots. Votre texte est léger comme une dentelle, mais non exempt de préciosité. Je vous exhorte a vous défaire de la préciosité, la préciosité gâche les plus méritants efforts littéraires; un exemple ? Le voici :
        “Elle avance au bassin, d’abord droite et fière quand le sol soudain succombe à ses charmes. Il l’attrape aux mollets, elle avance toujours, il l’attrape aux genoux, elle avance encore, il l’enserre à la taille, lui broie les côtes de son étreinte ; elle, reste impassible.”…c’est virtuose au niveau de la technique, si vous voulez, mais la littérature et plus singulièrement la poésie, ce n’est pas exclusivement la pure technique. vous avez voulu signifier que salomé tombait à terre, et vous alourdissez votre propos en une sorte de personnification rhétorique du sol qui entraine Salomé : cette lourdeur, comparé à la belle légèreté de l’ensemble, est une faute. Mais vous avez assez de talent pour réfléchir a ces abus d’expressions et pour vous remettre en question ! Quel est votre prénom ? je n’aime pas les pseudonyme.
        “Et ses cheveux lourds, noirs, étoilés de pistils, s’enroulent autour de ses hanches. Puis elle écarte ses bras pour embrasser le monde, pour embrasser la salle et offrir sa pudeur tandis qu’au loin s’élèvent la douceur d’une flûte, la puissance d’un tambour et les cris jaunes des violons.” Cela c’est une merveille…On dirait du Mandiargues.

        • Auteur
          Lightpumpkin 4 mois Il y a

          Merci beaucoup de vos conseils ! D’autant plus qu’ils sont appuyés d’exemples !
          J’imaginais vraiment Salomé avancer et s’enfoncer dans le sol jusqu’à qu’il ne reste que la tête qui dépasse ( selon certains, elle serait morte comme cela : la tête tranchée par un lac gelé :D)

          Mais je comprends tout à fait ce que vous cherchez à me dire ! Je le ressens mais n’arrive pas à m’en défaire et je vais essayer encore plus ( lorsque l’inspiration me reviendra ) !

          Mon prénom, c’est Amélie ^^ Et vous ? ( sans indiscrétion bien sûr)

          • Morelie 4 mois Il y a

            Je vous le révélerai par MP. C’est un prénom d’origine germanique, païen, quoique un saint en fut baptisé. Ne vous fiez pas -jamais ! – à “l’inspiration”, cette vieille et farcie rengaine sortie des brumes haschischines des romantiques à la Oberman. Écrivez toujours, bien ou mal disposée, lasse ou tonique comme une liqueur des îles : l’écriture, je parle de l’acte mécanique de calligraphier des mots sur le linceul de la page, entraine l’esprit comme le vent entraine la feuille; je tiens cette sagesse du philosophe Alain, je crois que c’est dans les “propos sur le bonheur”. Tenez, rien que pour vous (il semble que je ne sois guère gouté ici !), c’est un long texte pour vous seule, bonne lecture…

            FEMME QUI ÉCRIT

            L’écriture est l’acte qui- et bien plus qu’une douleur-, t’isole du monde pour te plonger au cœur de ton être, et c’est ainsi, dans cette immersion, dans cet ensevelissement en toi-même, que tu conçois la plus haute des solitudes : celle des monstres et des pierres des déserts, celle des déserts même.
            Cet acte est si âpre, si incommode, si contre-nature, que son accomplissement ne peut être induit que par la lancinante exigence qu’une douleur t’impose : il s’agit donc d’une servitude. Le fouet de cette douleur qui t’oppresse s’abat sur ton esprit, sur ton dos, sur tes muscles ; tu préférerais, toi qui est son scribe serf, endormir par quelque drogue cette douleur impérieuse, mais il n’est nulle drogue dans aucune pharmacopée sublunaire qui saura terrasser ton intime dragon.

            Femme, toi qui écrit, toi que je vois si douce dans cette solitude de mort (c’est-à-dire que ta faiblesse adoucie ce qu’il pourrait y avoir en toi de dur, et cette faiblesse te désarme : tu es nue.), toi qui, immergée en elle, trace des mots que tu arraches lambeau par lambeau au point le plus douloureux de tes rêves ; toi qui porte au jour cruel de l’indifférence ( puisque le ciel est indifférent comme les hommes et le soleil ne brille que pour lui : puisque, encore, les oiseaux n’ont de chants que pour l’amour et que cet amour t’ignore ) les poèmes-cris, les poèmes-souffrances que ton sang a tracé, toi, femme-poète, la tentative d’art que tu fais en versifiant ainsi ta peine, m’émeut plus que ta chair ou la beauté de tes yeux, s’ils sont beaux.

            Je ne sais qui tu es, si je te devine et je te sais souffrante.

            M’unit à toi, une pareille solitude et une quête pareille ; nous suivons, courbés sous la même nuit, le sillon sinueux, imperceptible presque, qui, croyons-nous, nous mènera au dévoilement, au jugement final, à l’Être de notre être : cet inconnu en nous qui retient la substance de nos songes dans ses immatérielles mais terribles mains, et qui possède la clef de nos désirs et leur forme et la vérité qu’ils contiennent…Ces désirs qui ne se réduisent peut-être qu’à un seul, mais formidable.

            Les femmes qui écrivent pensent que l’art impose une sorte de langage ensemble dolent et suave et que l’on ne saurait rien dire de trivial à un autre poète…Femme naïve…Femmes idéalistes…
            Tu ne trouveras la vérité que tu cherches, même obscurément, qu’en te défaisant de tout fard !
            La poudre d’or dont tu parsèmes tes inspirations, tu devras quelque jour la dissiper d’un souffle.
            Le poème ne parvient à son achèvement que s’il est le croc de fer qui déchire le voile d’Isis qui offusquait ton Être, et qui est la vérité de ton être : or, l’on ne peut parvenir à cette vérité matricielle en la voilant à son tour d’un autre voile : celui du mensonge tonitruant, tintamarresque, foisonnant et bariolé qui nous abuse.

            Le poète, qui est une sous-espèce de littérateur, s’il veut gagner la lutte qu’il entreprend contre la matière, c’est-à-dire déchirer le voile de mensonge qui sépare son âme douloureuse de la radiante beauté possible – cette vérité qui l’emportera vers les astres – doit se considérer comme le premier poète du monde, le premier a parler au ciel, même et surtout s’il pense vide ce ciel vers qui s’élancent ses cris de douleur ! Il doit se penser seul au monde, nu et faible ( comme toi, femme si douce) et sachant que sa chair sera livrée, s’il ne prend garde, aux bêtes féroces des steppes !

            Nue et faible, sans autre recours que ta foi et tes mots, c’est alors, femme-poète, que tu concevras que tes mots ont cessés d’êtres ces anodins hochets qui effleuraient à peine, et même t’éloignais de cette anse gorgée de lumière que tu entr’apercevais dans tes ténèbres, et que ces mots, vraiment, sont les degrés que tu devras tailler à mains nues, à t’arracher chair et ongles, dans la noire matière du mensonge qui est ton cosmos…

            L’acte d’écrire, en ce sens, s’il n’est donc pas ce hobby pour femmes vieillissantes, ni un pur plaisir esthétique ; s’il est un cheminement pénible mais sûr vers l’être, est ainsi revêtu de cette solitude radicale dont j’ai parlé plus haut. Il s’agit d’une haute lutte, d’une âpre et sanglante bataille dans la ténèbre du moi trompeur, ce bonneteur qui nous égare.
            Il y faut, dans cette lutte, affronter nos monstres intimes, nos démons familiers, nos chiens de l’enfer et se reconnaître en eux, puisqu’ils sont nous, et que nos abysses sont d’infâmes égouts qui côtoient les sphères pures.

            Je ne sais pour qui, ni pourquoi j’écris cela. Je jette ce billet dans l’onde glacée de la toile.
            Internet n’est qu’un mensonge et incite au mensonge, si l’on n’y prend garde.
            Dénué, dans cet univers sans amour ni reliefs, sans dunes ni lacs, sans forêt ployant son front moiré sous les vastes caprices du ciel, ni rien qui ait la chaleur d’une chair complice, dénué d’un corps, disais-je, précisément désincarné, l’internaute se trouve réduit à n’être qu’un verbe se heurtant à d’autres verbes, s’entremêlant l’un à l’autre dans d’infinies et puériles confabulations : les internautes, tout en parlant d’abondance, ne se disent rien ou mentent, puisque le mensonge est un commode évitement.

            Ecrit d’un jet, sans corrections…

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