Je revois encore avec un sentiment doux…

Je revois encore avec un sentiment doux…

Je revois encore avec un sentiment doux
De tendre tristesse, ce délicieux jour où,
Plus tout à fait enfant, pas encore une femme,
Je mêlai sans réserve mon âme à ton âme,
Mon corps à ton corps, mon désir à ton aveu,
Le rose de mes lèvres au noir de tes cheveux.
Oh ! Sublime extase, qui me faisait crier :
« Que la Terre s’effondre ! Que le monde entier
Disparaisse dans l’ombre avec force fracas !
J’ai cet homme qui m’aime et qui n’est rien qu’à moi ! »
Mais comme la pluie toujours étouffe le feu,
Tôt ou tard la raison se révolte et fait vœu
De rappeler le Bien à l’esprit endormi,
Et le monde aux amants égoïstes. Aussi,
Quand le vent du réel vint frôler mon visage,
Voyant mes errements et voyant tes outrages,
Je choisis, l’âme en deuil et le cœur au martyr,
Que c’en était trop, et qu’il fallait en finir.

Mais hélas, malgré la raison, malgré la peur,
Malgré moi, je ne pus te reprendre ce cœur
Qui résistait tout haut mais te cédait tout bas,
Et qui t’aimant toujours, te détestait déjà.

Je te privai de mon corps, mais pas de mes yeux,
Dans lesquels chaque regard faisait un aveu.
J’étouffais en mon cœur cet amour révolté
Désormais orphelin de tes brûlants baisers.
J’observais en silence tes soupirs s’envoler
Vers de nouvelles âmes, de plus tendres objets,
Voyant tes beaux sourires que je croyais miens
Ne parvenir à moi qu’en perdant leur chemin.

Longtemps la colère, jalousie déguisée,
Me rongeait les veines, me faisant m’écrier
En silence : Quoi ? Déjà, il ne m’aime plus ?
Puis un jour je compris, clairvoyance imprévue,
Que l’objet de ton amour n’avait pas changé,
Que dans ton étrange esprit, belle âme égarée,
Pas une fois tu n’avais été infidèle,
N’ayant jamais aimé une femme pour elle
Mais pour l’amour même, pour le lien qui unit
Ton âme à une autre dans un instant d’oubli.

Amoureux de l’amour, de l’enivrant frisson,
Des battements de cœurs chantant à l’unisson,
Je te rends aujourd’hui la justice de voir
En toi, à tout jamais, mon plus beau désespoir,
Ma plus sublime erreur, ma plus tendre folie,
La plus douce souffrance éprouvée de ma vie.
Maintenant que le torrent turpide et furieux
De la peine enragée qui m’embuait les yeux
S’en est allé mourir dans le grand océan ;
Maintenant que la paix est mon seul sentiment ;
Maintenant que le bonheur, limpide et profond,
Est l’unique soleil qui point à l’horizon ;
Je peux repenser à ce moment de ma vie
Sans remord, sans regret, mais non pas sans envie.
Et quand parfois, pareil à la plume qui choit
A la surface du lac sans en troubler l’onde,
Dans mon sommeil ton souvenir s’impose à moi
Sans venir troubler ma sérénité profonde,
Je repense à tes yeux, à ta voix, à tes mains,
A tes rires, à tes larmes, à nos jeux interdits,
Avec la tendresse d’un amour enfantin,
Ayant chassé le fiel et gardé l’ambroisie.

Aussi, si parfois de ton étoile tu doutes,
Si la solitude est ta compagne de route,
Si ton dernier espoir t’abandonne en chemin,
Si seule la tristesse te donne la main
Dans la nuit noire, garde ceci dans ton âme :
Il y a quelque part en ce monde une femme
Qui n’ayant ni espoir ni envie de retour,
Ne te déteste plus, mais t’aimera toujours.

 

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