Plus qu’deux sous en poche

Plus qu’deux sous en poche

Elle avait l’œil de Bangkok,
Le maquillage un peu crade,
Et me proposait « Suck Cock »
Dans cette petite rade,
Ce bouge où chantaient les morts,
Où le zinc sentait la pisse.
Les néons jetaient dehors
Des rayons sang et jaunisse.

J’n’avais pas la tête à ça
Et mon port’flouze était vide
Depuis qu’j’m’étais à Lassa
Pris quelques coups dans le bide.
Oh, mon corps était meurtri ! J’me faisais l’effet d’un vieux,
Mon soleil avait flétri, c’qui m’avait creusé les yeux.

Mais elle insistait, la pute,
Sa chambre était au premier ;
Elle aimait jouer la flûte
Sur un macabre sommier
Où dansaient poux et sarcoptes,
Tréponèmes pâlichons,
Faune d’anciennes capotes,
Et le nez dans ses nichons

Des mots cognaient ma caboche :
« P’tain mon gars t’es allumé ;
Pour un morceau de bidoche
Tu vas te faire fumer.
Si tu lui refais la chatte, à cette grosse salope,
Faudra lui laisser des baths ou lui filer de la dope.

Mais tu n’as aucun des deux ;
Hors son mac a des paluches
Pouvant assommer des bœufs
Et même casser des bûches. »
Son teneur aux poings d’acier,
Un énorme Yougoslave,
J’savais qu’c’était l’tenancier
Avec son regard de lave.

Je regagnai donc la nuit
Les thuk thuks et leurs touristes
Les temples fermés, l’ennui
Et ses fantômes choristes,
Ses coeurs de poulet, sa liesse, où c’qui me restait de tune
M’offrit un café au lait, sous un beau croissant de lune.

(2015)

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1 Commentaire
  1. Gabrielle 4 ans Il y a

    un point de vue qu’il vaut mieux évité … sourire
    instant de vie bien raconté
    @micalement
    v***

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