Si cela peut vous être utile : parlons un peu de la nouvelle

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NOUVELLE !

Sur la nouvelle on dit souvent bien des erreurs
Et voulant affirmer mes bribes de culture
Je pioche en mes cahiers sur la littérature
Des éléments concrets ayant quelques valeurs.

Je vous les livre ici acceptez les sans peurs
Car ils ne sont teintés que de vérité pure
Rien n’est à retirer pas même une rature
Ils m’ont été gravés par mes vieux professeurs.

En introduction, je versifie, je rime
À résumer la chose ardemment je m’escrime
Mais ne déforme rien ; l’excès de concision

Ne doit pas affecter la belle exactitude
Je résumerai donc sans déformation
Complétant d’une prose le début de l’étude.

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PARLONS UN PEU DE LA NOUVELLE

Certes je puis faire bref mais au champ littéraire
Il faut de la nouvelle une vision très claire.
Et ce bien court récit a une longue histoire
Justifiant ici qu’on parle de sa gloire.
Proche du vieux roman et assez réaliste
Elle vient au moyen-âge osant entrer en piste.
Et tire ses racines de la Perse lointaine
Où nommée “magâma” sa naissance est certaine,
En devient “exemplum” en notre capitale :
Ces récits religieux qui prêchent la morale ;
Ou bien devient “canards” faits divers peu moraux
Dont le nom restera ensuite à nos journaux.
Et la voila assise, elle croît, et chemine,
La nouvelle devient une forme divine
Car du Décaméron, du licencieux Boccace,
Marguerite de Navarre empruntera la trace.
Et puis le dix-septième nous offre Cervantès
Madame de Lafayette en parle de princesse,
Balzac, Flaubert, Hugo, la feront majuscule
Stendhal, Musset et Sand ajoutent au monticule.
On y verra entrer Poe, Tchekhov, Maupassant,
Mérimée la reprend, Goethe la germanise
À Hoffman et Gogol la nouvelle est promise
Et Sartre l’emmurant la rend philosophique
Compensant celle d’Allais au délire comique.
Bref la nouvelle est là, elle trône et préside,
Pilier de lecture pour les esprits avides.

Faut-il vous rappeler quelques impératifs
Des nouvelles présentant des talents incisifs :
Ce n’est pas un roman un seul événement
Doit maintenir l’éveil du lecteur patient
Et sa brièveté est obligation
On s’enlise souvent dans la dilution.
Pas trop de personnages, pas d’excès de détails
Laissent l’attention rivée au même rail
Mais il faut à la fin étonner ou surprendre
À chute bien conçue il est bon de s’attendre
Et les lignes de fin sauront vous satisfaire
Si d’un inattendu l’écrivain sait vous plaire.
Et si dans la surprise arrive de l’effroi,
Ou autre facétie amenant de l’émoi,
Un peu de sentiment ou bien un œil qui frise
De la nouvelle alors vous aurez la maîtrise.

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NOUVELLE ! VOUS AVEZ DIT NOUVELLE ?

Je vais sur la nouvelle vous dire ce que je sais :
J’ai lu, j’ai regroupé, mais ce n’est pas parfait
Enfin ce qui est là, issu de mon labeur
Est peut-être incomplet mais dépourvu d’erreur.

Une nouvelle est un récit court. Apparu à la fin du Moyen Âge, ce genre littéraire était alors proche du roman et d’inspiration réaliste, se distinguant peu du conte.
Au XIXe siècle, les auteurs ont progressivement développé d’autres possibilités du genre, en s’appuyant sur la concentration de l’histoire pour renforcer l’effet de celle-ci sur le lecteur, par exemple par un dénouement surprenant.           Les thèmes se sont également élargis : la nouvelle est devenue une forme privilégiée de la littérature fantastique, policière, et de science-fiction.

Naissance

À Hamadan (ancienne capitale de la Perse) vivait au du Xe siècle Badî‘a az-Zamân al-Hamadhânî (968-1009) qui est considéré comme le précurseur de la nouvelle à travers le “maqâma”.
Le Maqâma est un genre littéraire spécifiquement arabe. Il s’agit d’un récit plutôt court mettant en scène un personnage central qui cherche à gagner sa vie, par la ruse et l’éloquence. Ce récit est écrit en saj’ (prose rimée et rythmée).
En France, la nouvelle nait au Moyen Âge, s’ajoutant ou se substituant à divers récits brefs : fabliaux, lais, dits, devis, contes, etc.
Les nouvelles étaient de petites histoires anonymes distribuées gratuitement dans la rue, se distinguant en deux groupes : les “exemplums”, qui étaient des récits religieux prêchant la morale et les dons à l’église, et les “canards”, racontant des faits divers comme des vols, des tromperies, ou des meurtres. Ces derniers ont donné aujourd’hui le mot argotique désignant le journal, qui lui-même rapporte des faits divers.
Inspiré du Décaméron (1349-1353) de Boccace, le premier recueil de nouvelles françaises, anonyme, les Cent Nouvelles nouvelles, parut probablement paru entre 1430 et 1470
Mais c’est le XVIe siècle qui voit l’ essor de ce genre.
L’Heptaméron, de Marguerite de Navarre en 1558 donne au genre ses premières lettres de noblesse : dans ce recueil inachevé de 72 récits, voisinant avec les récits licencieux hérités des fabliaux, on trouve des histoires plus graves, où l’anecdote prend une dimension psychologique.

Développement

Publiées en 1613 et traduites en français deux ans plus tard, les Nouvelles exemplaires de Miguel de Cervantès, l’auteur de Don Quichotte, connaissent un succès considérable et constituent pour longtemps la référence.
Le genre subit alors une évolution double, déterminée par ses relations avec le roman. Dans un premier temps, la nouvelle se rapproche du roman par ses sujets et sa composition : ainsi, La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette est considérée, au moment de sa parution, comme une nouvelle.
Les romans contemporains intègrent d’ailleurs souvent en leur sein des nouvelles, sous la forme de digressions à l’intérieur du récit principal.
Mais la nouvelle se distingue des romans de l’époque, longs et touffus, par son action plus resserrée. C’est cette conception qui, dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, l’emporte finalement sur la nouvelle « petit roman », et qui se développe au cours du siècle suivant.

Floraison

On considère le XIXe siècle comme l’âge de la nouvelle.

Honoré de Balzac (Contes drolatiques), Gustave Flaubert (Trois contes), Victor Hugo(Claude Gueux), Stendhal (Chroniques italiennes), Alfred de Musset, Barbey d’Aurevilly (Les Diaboliques), George Sand (Nouvelles), Zola (Contes à Ninon), presque tous les romanciers d’importance ont écrit des nouvelles.
Certains, sont prolifiques comme Prosper Mérimée, Jean de La Varende, Guy de Maupassant qui en a écrit plus de trois cents dans dix-huit recueils publiés de son vivant, Anton Tchekhov qui a écrit six cent vingt nouvelles
La nouvelle exploite alors en France deux voies apparemment opposées : réalisme et fantastique, elle aborde, tous les thèmes et emprunte tous les tons.
Elle ne se limite pas à la France : en témoignent, entre autres Hoffmann, Edgar Poe, Henry James, Herman Melville, Pouchkine, Gogol, Tchekhov, et d’autres. Il convient enfin de rappeler que c’est au cours du XIXe siècle que sont proposées les théories les plus élaborées du genre, d’abord en Allemagne (Goethe et Schlegel), puis aux États-Unis (Poe et James).
Alphonse Allais, fondateur du rire moderne, introduit la folie dans ses nouvelles, comme Les templiers.
Le XXe siècle a vu de nombreux écrivains choisir la forme courte. En France, Sartre, bien sûr, et son recueil Le Mur, mais aussi, parmi les contemporains, Alain Robbe-Grillet, inventeur du nouveau roman (Instantanés, éditions de Minuit), Nathalie Sarraute pour n’en citer que quelques-uns, connus ou moins connus.
Certains ne s’expriment (presque) que par la nouvelle : Jacques Sternberg, écrivain belge dont presque tout l’œuvre emprunte cette forme (188 contes à régler, 300 contes pour solde de tout compte, Contes griffus, etc.).

 

Divergences

Dans les pays anglo-saxons on considère que la nouvelle peut se classifier en trois catégories suivant sa longueur.
L’organisation Science Fiction and Fantasy Writers of America en a donné une définition : l’histoire courte (short story) compte moins de 7 500 mots,
la novelette comprend les histoires entre 7 500 et 17 499 mots,
et la novella, presque un roman, comprend les histoires entre 17 500 et 40 000 mots7.
La micronouvelle, récit suggestif souvent caustique caractérisé par une brièveté extrême (moins de 300 signes), est, quant à elle, de plus en plus considérée par les critiques littéraires comme un genre à part entière

Poétique de la nouvelle ?

Une nouvelle possède plusieurs caractéristiques qui poussent à sa brièveté.
Elle est centrée sur un seul événement. Ses personnages sont peu nombreux et sont moins développés que dans le roman.
La fin est souvent inattendue, et prend la forme d’une « chute » parfois longue de quelques lignes seulement.
Baudelaire, traducteur de Poe, a proposé cette analyse de la nouvelle :
« Elle a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d’une haleine, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains.
L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue.
L’artiste, s’il est habile, n’accommodera pas ses pensées aux incidents, mais, ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les événements les plus propres à amener l’effet voulu. Si la première phrase n’est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité. »

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EST-IL UNE RECETTE POUR FAIRE UNE NOUVELLE ?

Mais dites-moi comment fait-on une nouvelle ?
J’essaie, mais je dilue ou je concentre trop,
La chose terminée ni plaisante ni belle
N’obtient de mes lecteurs pas le moindre bravo.

Ah ! La brièveté est chose nécessaire !
Qui encre abondamment risque de décevoir
Le concis est précis, la chose reste claire
Il faut que le lecteur ne soit pas dans le noir.

Quant aux événements ! Contrôlez-en le nombre
Ne les compliquez pas, le texte s’alourdit,
S’ils pullulent sottement certains restent dans l’ombre
Les relier entre eux excitera l’esprit.

Songez que du lecteur la pensée se capture
Tenez le en éveil jusqu’au mot de la fin
La nouvelle homogène incite par nature
À ne laisser l’écrit qu’à la fin du chemin.

D’une lecture brisée un livre bien souvent
Souffre et en le posant le lecteur se relâche
La nouvelle agrippant l’attente du moment
Au texte tout entier follement vous attache.

Créez des incidents qui intriguent et étonnent
Que vous orienterez vers un effet voulu
Sans hâte dénouez les termes qui résonnent
Quand du mot de la fin le temps sera venu.
Et pensez au début, l’impression première
Rend le lecteur captif du piège de vos mots
Si vous le tenez bien sa vigilance entière
Ira en fin d’écrit jusqu’au bravissimo.

Il faut préméditer le dessein de la chose
Sans trop le dévoiler à un œil attentif
La surprise finale évidemment s’impose
Le contraste séduit un esprit inventif.

Mais monsieur les sujets sont ils si évidents
Que l’embarras du choix devient complexité ?
Ou faut- il les secrets de quelques confidents
Pour avoir un récit digne de qualité ?

Naïf que vous êtes, soyez observateur
D’écrire tout est sujet, si quelque sentiment
Anime le récit lui donne de l’ardeur
Même un fait entrevu est un commencement.

Querelles de voisins, charmes cachés des dames
Ivresses concubines et sottises d’enfants,
Que l’on parle du corps que l’on parle de l’âme
On intrigue le jour et la nuit tout autant.

En revanche les ris, et lascifs commérages,
Sauront bien dérider l’esprit toujours coquin
Les histoires de cornes ou de galants hommages
De la nouvelle furent le début du chemin.

Mais gardez le comique hors de certaines choses
Les grands latins l’ont dit, il serait maladroit
De rire des tragédies que la vie nous impose
Misère, maladie, mort, ne sont jamais des choix.

Toucher reste possible et les grands sentiments
Se peuvent abréger en lignes émouvantes
Mais on se complait mieux aux divertissements
Les nouvelles séduisent étant divertissantes.

Bref prenez le papier votre plume et courage
Vingt fois sur le métier repassez vos écrits
Chaque détail compte en limitant les pages
Charmez les yeux gourmands de délicats récits.

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