Monsieur je vous envie

Echo au texte de R. Lamoureux : “Eloge à la fatigue”

Monsieur je vous envie

Monsieur je vous envie de vous savoir chargé
A en avoir les traits distendus, fatigués
Bien sûr vous êtes fier de bâtir votre maison
Avec vos propres mains en allant au charbon
Elever vos enfants, repasser leurs leçons
Hier encore apprenti, aujourd’hui même patron

Suivre votre chemin que la vie a tracé
Sans jamais s’égarer et puis vous retourner
Regarder votre femme et lui dire à ce soir
Ne m’attends pas chérie je rentrerai bien tard
J’envie votre fatigue croyez-le bien Monsieur
Elle vous creuse sans doute et vous cerne les yeux
Vous vous tuez de vivre mais çà fait des envieux

Oh comme je voudrais tant moi-aussi me lever
Entendre le réveil, ne pas laisser sonner
Prendre mon café noir et dès potron minet
Courir vers le train, aller prendre un billet
N’avoir plus le temps de m’occuper de moi
Chercher des espaces libres dans mon agenda
Etre comme tous ils disent quelque peu débordée
Je veux des ordres aussi et puis des directives
Etre deci-delà en tout point très active

Il me faut moi-aussi des gens au téléphone
Avec des discussions à tordre les trombones
Donnez-moi des horaires, rien de plus ordinaire
Une plage déjeuner avec sandwich austère

Car chercher du travail ce n’est pas un métier
Pourtant ça prend des heures et parfois des années
Et puis si par miracle on décroche l’entretien
Il faut se « vendre » Monsieur, le faire avec entrain
Se vendre, Monsieur, et non pas se brader
Malgré le désespoir et la nécessité
Expliquez pourquoi avec ce curriculum vitae
Au bout de quelques mois on n’a pas su trouver

C’est bien trop suspicieux pour vous sembler honnête
Alors vous avez, Monsieur, votre “Non” dans la tête
C’est que pareil aux autres oui vous nous condamnez
Dans ce cercle vicieux à virer, tournoyer

Moi je veux transpirer, souffler, et quitter à pas d’heure
Avoir juste le statut de l’ honnête travailleur
Mais je chôme Monsieur, je chôme et j’en ai honte
On ne veut plus de moi et la colère me monte
Et lorsque de surcroît on me traite de fainéant
J’ai envie de tirer et pas des balles à blanc

Je veux de la fatigue, allez leur dire pour moi
Je n’en ai plus la force, je n’ai même plus de voix

Z. 29/01/09 🙂

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