Mon enfance et ses fantômes…

Mon enfance et ses fantômes…

Ce qui reste de mon enfance,
Dort en moi, au creux d’une douleur fidèle.

Ce qui reste de mon enfance,
Dans son endormissement tangue,
Frémit comme des paupières closes.

Et je vois de lentes fumées se dérouler dans un ciel bas et lourd
Et des prairies criblées de givre,
Et des préaux déserts comme l’ombre,
Et des arbres aux flancs tristes
Porteurs de cœurs saignants et de baisers figés.

Une verte saveur parfois vient rôder sur mes lèvres,
Je tente alors, et désespérément, d’entonner le rire frais de mon enfance,
Mais il s’écroule, lamentablement s’affale, se fendille
Tombe en copeaux sur le sol avec les feuilles brûlées
Et les insectes qui rampent dans l’humus.

Ce qui reste de mon enfance est désir d’azur
Aisance de visions, habileté du rêve,
Remembrance d’extases et ferveur enveloppante,
Animalité douce, sacré embrasement de l’instinct,
Cœur ailé qu’épanouissait la lumière et l’air bleu,
Cœur logeant une ivresse douce,
Cœur où venait boire le ciel,
Cœur cependant oppressé par les digues
Soyeuses et tremblantes de l’horizon :
Et tout alors resplendissait sans possibilité de ténèbres,

Tout était miracle puisqu’il rutilait :
Les graviers des routes, les fleurs que déchiraient les doigts des filles,
La cour de mon école, l’oiseau semblant penser,
Seul sur le fil sous un ciel gros de foudres…

J’ai vu, crois-je me souvenir, la neige luisante et bleue
Étendue comme un corps plein d’un sage sommeil
Sous les pâles et froides dentelles de la lune,
J’ai vu l’eau menue et verte des flaques remuée d’un souffle
Et mon visage tremblant et défait s’y poser comme une buée,
Et j’ai vu les moineaux,
Dont la nuée criarde s’écartelait, semée par les mains des vents,
Dans le ciel pur ainsi que des grains de joyeux délire !

J’ai vu tant de choses, tant de choses m’ont désignées,
Ont penchées vers le petit garçon pensif leur humble et cosmique mystère,
Le cœur d’ombre des pierres me hélait
Par l’éclat de quartz qui y régnait ainsi que le luisant d’un œil,
J’étais épié par les roses sauvages qui paraissaient sommeiller en troupeaux
Sur les muettes ruines où les rondes des Trembles,

Je pressentais le langage des enfants de la terre, j’étais attentif aux brises.
Ce qui reste de mon enfance,
Repose en moi, en l’intime province
Plongée dans la suie de l’ubac,
A sa lisière,
Là où sont contenus les informes chagrins,
Où les effrois et les regrets
Et tout un peuple de soupirs
Meuglent, poisseux de larmes,
Dans le silence des âges morts.

Me reste d’elle l’écorchure,
Le sel répandu, (douleur d’où jaillit le chant),
Le regard que harponne l’indécise lueur,
L’imperceptible levain du mal dans l’escarboucle du soleil,
Le fuyant absolu dans l’instant qui s’éboule,
La douleur dans les prémisses d’un sourire,
Et cette tristesse qui souffle ses brumes en moi
Devant la fleur mutilée
Et la désespérante solitude amoureuse des chiens.

E.

  • Vues1802
  • Évaluations12345
0 Commentaires

Laisser une réponse

©2018 Jepoeme.fr L'utilisation du site JePoeme.fr implique l'acceptation des Conditions d'utilisation. Règles de confidentialité

fringilla odio Aenean vel, libero. Praesent id felis suscipit

Vous connecter avec vos identifiants

ou    

Vous avez oublié vos informations ?

Create Account