Memento Mori

Souviens-toi que ta vie n’est qu’un jour qu’on t’enlève
Et ta gloire, un soleil qui bientôt dormira.
Souviens-toi de ta vie comme un jour qui s’achève

En offrant à la nuit son plus bel apparat,
Cette éternelle nuit dont la grâce s’élève
Pour couvrir ton orgueil dans son paisible drap.

Souviens-toi que ton nom, oublié dans un livre,
Bientôt, ne sera plus qu’ombre de ta splendeur,
Spectre étranger au flot qui, pour l’heure, t’enivre

En portant sur son dos ton humaine grandeur ;
Et souviens-toi toujours que l’or qui te fait vivre,
Sur la berge opposée n’offrira plus d’odeur.

Nous n’avons jamais vu qu’un même bord du fleuve
Et n’avons percé que d’insignifiants secrets.
Nous avons, tous ensemble, engendré des épreuves

Et choisi leurs vainqueurs à travers nos décrets,
Convaincus que la vie serait à jamais neuve
Et que nos jeux d’enfants confinaient au Sacré.

L’Âge nous a vu fuir sa main pleine d’usure
Et nous cacher de l’œil terrible du Destin.
Nous avons cru pouvoir échapper aux brisures

Qui, de nos corps flétris, font un sanglant festin,
En oubliant la Fin qui, cependant, rassure
Le sage dont le soir n’est plus qu’un long matin.

Désormais, nous voici dans cette ultime impasse,
Toi ; Moi ; dans la cohue de notre vanité
Au-dessus de laquelle, ainsi qu’un noir rapace,

Le spectre de Chronos tourne sans s’arrêter,
Nous rappelant toujours, de ce fleuve qui passe,
L’autre rive qu’un jour, nous irons habiter.

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3 Commentaires
  1. REVEPOURPRE 4 ans Il y a

    DES moments difficiles à passer

    l’écriture en alexandrins est sublime

    longue vie à ton poème!

    bonne nuit

    RP

  2. Gilles LORPIN 4 ans Il y a

    Un superbe poème que je trouve vraiment bien écrit
    J’adore !
    Amitiés

    LGilles

  3. yahya 4 ans Il y a

    “L’Âge nous a vu fuir sa main pleine d’usure
    Et nous cacher de l’œil terrible du Destin.
    Nous avons cru pouvoir échapper aux brisures

    Qui, de nos corps flétris, font un sanglant festin,
    En oubliant la Fin qui, cependant, rassure
    Le sage dont le soir n’est plus qu’un long matin.”

    Très belle poésie, très beau passage !

    La mort nous attend tous et nous souhaitons la fuir en vain !

    Belle plume, bravo

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