L’esclave

L’esclave

Je suis au sixième du XVIème.
Je suis une toute petite chose.
Je suis couleur de l’ombre,
je me fane dans l’hébétude du temps
je suis partout dans la maison,
je suis la poussière.

Il n’y a que des « oui » entre mes silences.
Mon « oui » est soumis
comme la ferveur des fourmis,
je le prononce très bien,
il claque jour et nuit
pour le mépris masqué de Monsieur,
pour les épines vénéneuses de Madame

Mon corps ne marque pas,
il est trop noir,
il est trop maigre.
Je détourne la tête pour ne pas me voir,
je cache mes mains pour ne pas me toucher,
je ne suis plus à moi.

Parfois le vide de ma tête
descend dans mon ventre,
parfois mes angoisses cliquettent
comme une machine à découdre,
parfois je flotte dans les courants d’air
avec la légèreté de l’inexistence.

Je n’ai pas de papiers,
leur absence est une cage
diffuse comme l’obsession du vide
et je ne comprends pas
pourquoi je suis prisonnière
d’une chose qui n’existe pas.

Mais aujourd’hui je suis dans le train,
il courre après les nuages,
il glisse avec tendresse
sur la solitude de ses rails,
Il chuchote des comptines
absurdes et sucrées.
J’ai de grosses bouffées d’espoir
qui malmènent mes sanglots.
Je suis le contrebandier des nébuleuses,
celui qui a volé Orion et ses poussières de lune
Je suis l’idée d’une fleur
dans le vase en terre rouge

Je dois lui écrire.
Ma mère ne sait pas,
les morts ne donnent pas signe de vie.

Mane le 10 juin 2019
Christian DUMOTIER

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