Les poètes ne meurent jamais

Les poètes ne meurent jamais

Je sais combien de vers qui hantent ma mémoire
Et dont l’empreinte va bien au-delà des mots,
A leur fontaine alors avec joie je viens boire,
Parce qu’ils sont empreints d’un charme incantatoire
Qui mystérieusement perpétue leur écho.

Rodrigue qui l’eût cru?– Chimène qui l’eût-dit?
O soupirs lancinants de deux coeurs en détresse !
Quand l’amour qu’on croit mort de l’honneur sort grandi,
Complainte des amants par le destin maudits
O chant que j’aime encor ta pudique tendresse !

Vous êtes empereur Seigneur et vous pleurez !
O larmes de Titus qui Bérénice peinent,
Quand l’amour au devoir doit céder, éploré
Lorsque Rome s’éloigne et l’amant adoré,
Pour celle qui ne fut las que de son cœur reine !

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux.
O ce vers de génie, conçu par la souffrance !
Musset tu l’as écrit, toi le chantre des maux
En ajoutant du vin à l’eau de tes sanglots,
Pour noyer ton chagrin dans ta désespérance.

J’aime le son du cor le soir au fond des bois.
Que ce vers de Vigny dans mon esprit résonne !
Jusques à l’infini entre rêve et effroi,
A tel point que le son que j’entends je le vois,
Car la lyre éblouit autant qu’elle chantonne.

Homme libre toujours tu chériras la mer !
Baudelaire a tout dit. Je vois des caravelles,
Des skippers, d’audacieux corsaires, sabre au clair
De hardis conquérants du nouvel univers
Et sur la grande bleue des mouettes les ailes.

Et les muses de moi comme étranges s’enfuient.
Quelle mélancolie dans ce vers mélodique !
De Du Bellay craignant que ne tombe la nuit
Que le son de son luth ne devienne du bruit,
Mais le doute lui doit un bonheur de musique.

Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé,
Comme je descendais les fleuves impassibles,
Un seul être vous manque et tout est dépeuplé,
De Nerval à Rimbaud, de l’ode au triolet
Il est combien de vers qui ont dit l’indicible.

  • Vues2492
  • Aime0
  • Évaluations12345

12 Commentaires
  1. Larsenbac 4 ans Il y a

    “Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
    On pouvait dire… Oh ! Dieu !… Bien des choses en somme.
    En variant le ton, -par exemple, tenez :
    Agressif : “Moi, monsieur, si j’avais un tel nez
    Il faudrait sur-le-champ que je l’amputasse !”

    Tel notre Cyrano, de Bergerac, tu as du flair, et de l’inspiration !
    C’est franchement un florilège de Poésie, un contré de mots choisis, notre Huile Essentielle de patch… ou lit ! 😉

    Merci
    Léo

    • Auteur
      isangrin 4 ans Il y a

      je suis Cyrano mais pas que nez en moins Léo; le patch il va falloir que je l’essaye car je n’ai pas que le cerveau qui fume! Merci de ton com enjoué, bien à toi

  2. Larsenbac 4 ans Il y a

    il faut lire : “un concentré de mots choisis..” bien sûr ! 🙂

  3. loupy 4 ans Il y a

    Très très bon ! Isan

    Tu as raison les poètes ne meurent jamais

    Bisous

    • Auteur
      isangrin 4 ans Il y a

      Tu en sais quelque chose ma loupiote, poétesse s’il en fut ! Merci de ton appréciation…appréciée. je te bise

  4. LILYROSE 4 ans Il y a

    Ton poème me fait penser au film “le cercle des poètes disparus”.

    Bel écrit Isan, j’adore.

    Lily

    • Auteur
      isangrin 4 ans Il y a

      J’ y avais pensé aussi Lily; moi je disparaîtrai sans laisser de trace, sinon des traces d’encre sur mon bloc-notes; heureux que tu aies aimé cette évocation de nos plumes d’or; bises

      Jacky

  5. Tesnim 4 ans Il y a

    Du beau Poète
    B journée

  6. Sylvie 4 ans Il y a

    Guy Béart ce soir s’y retrouverait…
    Merci Isangrin
    Sylvie

  7. Cyranette 3 ans Il y a

    Les poètes ne meurent jamais, ils ferment seulement les yeux
    Et nous ouvrent leur coeur en nous ouvrant l’esprit

    Joli 🙂

Laisser une réponse

©2019 Jepoeme.fr L'utilisation du site JePoeme.fr implique l'acceptation des Conditions d'utilisation. Règles de confidentialité

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?