L’Enfant soldat

L’enfant soldat

La latérite ne semblait pas si rouge
et la pluie, lourde et chaude
dans cette terre sauvage,
traçait de petits ruisseaux
qui palpitaient dans la folie en tenue de soirée.

Ils étaient là, immenses et fiers
avec l’acier de leurs armes
comme unique offrande,
avec au coin des yeux
un éclatant délire.

La latérite ne semblait pas si rouge.
Le sang de mon père grignotait l’espace
et son sourire embrassait la mort.
Ma mère avait cessé ses bouquets de hurlements,
son corps dessinait l’alphabet de la souffrance
et son visage pleurait ses arrachements
dans l’épaisseur du ciel.

Ils m’ont volé, engagé, transformé, appris l’abîme
je suis devenu un vieillard à onze ans.
La latérite est devenue d’un beau rouge carmin.
Chaque jour j’ai tué, torturé, mutilé
j’ai obéi, commandé,
chaque nuit j’ai sucé mon pouce,
arraché mes cauchemars,
détricoté mes larmes.

Aujourd’hui, je suis un fugitif des rêves,
mes hallucinations me grignotent
avec la constance des innocents
et la cruauté des feux-follets.

Aujourd’hui je suis en Ouganda
mon village a peur de moi,
je suis la dépouille des morts
la grimace des monstres.

Aujourd’hui j’apprends à lire
je suis presque un enfant
et je sais écrire « latérite »

Christian DUMOTIER

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