Le périphérique de l’au-delà

Le périphérique de l’au-delà

Dans toute la maison
Il y a une odeur de couscous
qui promène ses épices avec nonchalance
Je crois que mon voisin doit la sentir
au travers des murs,
ils sont si transparents.

j’ai onze ans et je n’ai pas les mots.
Je vais souvent à l’école
mais elle est plus triste que le béton,
elle sent l’absence et la cause perdue
elle dégage des effluves de contrainte
et d’envies trop tôt fanées

Je suis né à Aubervilliers et je n’ai pas les mots

Comme tous les jours,
mon père prépare son thé à la menthe,
avec des grands gestes et le sourire
de ceux qui sont encore un peu là-bas.
Puis il reste assis et s’enfonce dans sa honte
avec le regard vide et la tristesse sur les épaules.
Il a tout laissé s’évaporer,
ses prières et ses exigences,
son histoire d’ouvrier
et ses câlins qui dépassaient de sa rugueuse tendresse
et ses colères qui domptaient le silence
avec des images venues d’un autre temps.

Je n’ai pas les mots
Mais j’ai honte de la honte de mon père

Je ne sais pas si l’an prochain
je serai guetteur des nuages,
assis sur mon fauteuil en plastic
et plus tard pourvoyeur de mauvais rêves
Je ne sais pas si je serai un caïd
arrogant et fier qui brûle sa vie
dans des palabres mortelles
Je ne sais pas si je serai
un souvenir laiteux qui s’estompe
dans la désespérance de mon père

Ma mère est forte et pesante,
mais c’est un sirocco amoureux
qui enchante la tristesse des jours.
Son fichu désole les couleurs du soir
il souligne ses brassées de douceur
avec l’insistance des mendiants.

Elle est mon amer,
mon cap de bonne espérance
mon ancrage quand je rentre au port,
mon présent en fleur.
Je n’ai pas de mots !

Le rugueux du bitume
use mon espoir et mes sourires,
bientôt je serai grand
et le rien m’envahira,
je ferai mon métier du vide et de l’errance.
Le périphérique est trop loin, trop haut,
il repousse comme le mauvais côté de l’aimant,
il enterre avec indifférence,
il dépeuple mes désirs
avec la constance mathématique
des équations honteuses.

Mane le 27 juin 2019
Christian DUMOTIER

« Poèmes, prose et autres divagation » aux éditions Baudelaire

  • Vues1413
  • Aime3
  • Évaluations12345

1 Commentaire
  1. naschra 1 mois Il y a

    Des mots intenses
    Merci

Laisser une réponse

©2019 Jepoeme.fr L'utilisation du site JePoeme.fr implique l'acceptation des Conditions d'utilisation. Règles de confidentialité

justo felis neque. commodo sem, luctus mattis

Vous connecter avec vos identifiants

ou    

Vous avez oublié vos informations ?

Create Account