Le négatif de la dame en noir (V)

Le négatif de la dame en noir (V)

Depuis une semaine, Manoushka ne dormait plus. Paul-Amaury accaparait son esprit, fidèle à  sa promesse, il la hantait jour et nuit. Carole allait arriver. Elle l’attendait d’une minute à
6 Le négatif de la dame en noir l’autre. Il fallait absolument qu’elle lui parle. Sa situation n’était plus tenable… Manoushka regarda sa montre. Carole était en retard.
Pour retrouver son calme, elle laissa s’envoler le concerto de Ravel qui ne quittait plus la
platine… Enfoncée dans son confortable canapé rouge, elle ne put résister au poids de ses
paupières et le sommeil la surprit inopinément … Elle allait à la rencontre de la petite fille brune qui jouait insouciante dans la cour de la ferme. C’était là, dans le Loir et Cher, chez ses grands-parents maternels, qu’elle passait toutes ses vacances avec les lapins, les vaches, les cochons et le soir la soupe à l’oignon. Et puis une nuit, elle allait avoir 7 ans, elle s’était réveillée sans raison. En face du lit, accrochée au mur, la photographie de son arrière grand-mère Madeleine s’était mise à lui parler :
– Bonjour ma belle, n’aie pas peur !
– Je n’ai pas peur
– Je sais, tu es une grande fille maintenant
Non, curieusement elle n’avait pas peur, elle enfila ses chaussons et s’approcha de la
photographie, les lèvres bougeaient toujours…
– Ecoute, tu vas dire à ta maman qu’elle emmène Patou chez le vétérinaire.
– Patou, mon toutou ? dit-elle désemparée
– Oui. Insiste jusqu’à ce qu’elle cède, tu peux sauver Patou !
Apaisée, la petite fille brune s’était rendormie. Patou serait sauvé.
Depuis cette nuit-là, Manoushka communiquait avec les photographies. Elle lisait sur les lèvres des clichés comme d’autres le font dans les lignes de la main.
Le coup de sonnette de la porte d’entrée réveilla Manoushka qui lâcha brusquement la main
de la fillette endormie. Combien de temps s’était-elle assoupie ? Elle regarda instinctivement
sa montre et remarqua qu’elle s’était arrêtée. Lorsqu’elle ouvrit la porte, Carole était là, toujours aussi rousse, toujours aussi belle, vêtue de noir, les yeux ombrés sous son chapeau,
avec toujours ce même parfum capiteux. Mais quelque chose avait changé.
– Vous m’avez menti ! dit-elle, d’un ton ferme et calme qui n’admettait aucune contradiction.
– Laissez-moi vous expliquer…
– Non, Vous ! Ecoutez-moi ! Je viens d’enterrer Paul-Amaury, mort dans l’incendie de
sa maison.
– Carole je vous assure…
– Comment avez-vous pu ? … Mon mariage, mes enfants, ma maison… !
Carole était venimeuse, elle trouvait tous ses mots pour vociférer sa haine…
– Je vous hais, je vous hais, je vous hais ! Vous m’avez volé mon avenir !
Elle ouvrit sa pochette en vernis glacé noir, en sortit un revolver de petit calibre.
– Non ! Ne faites pas ça ! supplia Manoushka
Trop tard, Carole n’entendait plus rien, elle vida le chargeur sur Manoushka qui s’écroula sur
le tapis rouge du salon.
Au bruit de la détonation, Madame Lebrun poussa un cri d’horreur et lâcha sa peau de
chamois qui termina sa course deux étages plus bas. La gardienne dévala les marches, passa sans s’arrêter devant la porte funeste et en « oublia » son arthrose. Enfermée dans sa loge à double tour, après deux signes de croix vers la Sainte Vierge, elle alerta la police.

…/…

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4 Commentaires
  1. Loulette 12 mois Il y a

    CA DEVIENT SAIGNANT….

  2. Impoésie 12 mois Il y a

    Je sent que le dénouement approche à grands pas
    Impoésie;-)

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