Le négatif de la dame en noir (IV)

Le négatif de la dame en noir (IV)

Trois jours durant, Manoushka tenta de contacter Carole qui restait injoignable et puis, dans le tourbillon de son agenda, elle finit par y renoncer pour finalement l’oublier.
La nuit était belle, Manoushka, qui venait de s’enivrer d’Opéra était rentrée chez elle en taxi.
Saoule de fatigue et de sensations légères, elle s’était fondue dans les draps satinés du lit à
baldaquin sans prendre la peine de se démaquiller, tout juste avait-elle laissé glisser sur le sol sa magnifique robe rouge …
Elle allait franchir les portes du sommeil quand elle fut arrêtée net par un bruit anormal venu
de son cabinet de consultation. Elle se releva en sursaut, bondit sur ses pieds, alluma la lampe de chevet, enfila son peignoir en soie aux motifs japonais et se dirigea droit vers la pièce étrangement éclairée…
– Vous ?
Paul-Amaury était là, debout, beau comme un astre, avec son blaser marine, sa pochette
fuchsia, son polo Lacoste, il avait fait voler en éclat le verre de whisky qu’il était en train de
siroter.
– Oui, c’est moi. Excusez-moi, il m’a échappé des mains… Je peux m’en servir un
autre ?

– Retournez dans la photo, vous … vous n’existez pas !
Au-delà de sa surprise, Manoushka était furieuse. Tranquillement adossé au mur, sans la
moindre gêne, Paul-Amaury poursuivit sa conversation.
– Je vous attendais, je vous attends depuis longtemps, depuis toujours sans savoir que
c’était vous.
Manoushka se tint la tête, elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, avait-elle trop abusé du
champagne ? Paul-Amaury continua :
– Dès que j’ai senti vos doigts courir sur ma photographie, je vous ai aimé instantanément…
– Ecoutez, on verra ça plus tard, là je suis vraiment fatiguée !
– J’étais en réunion – poursuivit-il, ignorant la remarque – et je commentais les résultats
trimestriels aux actionnaires, Lorsque j’ai senti la présence de votre regard fendre
l’argumentaire que j’étais en train d’exposer. Je me suis arrêté prétextant un malaise,
j’avais envie de prolonger cet instant magique, qui n’était pas désagréable du tout.
– Arrêtez ! Je ne veux plus vous vous entendre ! protesta Manoushka ; dès demain
j’appellerai votre fiancée pour lui restituer votre photographie.
– Non, c’est trop tard, maintenant je ne vous lâcherai plus, je serai là, tout le temps,
quoi que vous fassiez, où que vous alliez …
Etait-ce le whisky ? Paul-Amaury continuait de parler de plus en plus fort, presqu’avec
violence… Manoushka prit peur, elle ressentait le danger et comme un geste d’impuissance,
elle froissa la photographie de sa main gauche. Mais Paul-Amaury n’avait pas fini la
conversation et rien ne semblait pouvoir l’arrêter.
– Pourquoi n’as-tu pas dit à Carole que je ne l’épouserai jamais ? Elle sera doublement
malheureuse, tu sais, quand elle saura que tu as abusé de sa crédulité.
Il venait de la tutoyer, elle avait horreur du tutoiement… De rage Manoushka déchira en
morceaux la photographie tandis que Paul-Amaury continuait de lui dire combien il l’aimait et
combien il n’aurait de cesse de la harceler, de la hanter jour et nuit, sans relâche.
Alors elle ramassa les morceaux épars de la photographie, se dirigea vers la cuisine, craqua
une allumette et brûla méticuleusement le front, le menton, les yeux, et la bouche qui
prononça ses derniers mots…
– … Sois sans crainte, … nous nous … retrouverons bientôt … ici … ou … ailleurs…

…/…

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4 Commentaires
  1. Loulette 2 ans Il y a

    là ça fiche un peu l’angoisse tout d même!Mais que pouvait elle faire d’autre????QUELLE IMAGINATION ZAZA…………………

  2. SYL30 2 ans Il y a

    Grrrr!!!

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