Le logis du trouvère

Le logis du trouvère

Partie 1

Je n’ai pas de temple ma mie
Pourtant je ne suis l’infamie,
Aucune richesse, trésor,
je ne rêve de gloire et d’or,
Mon logis n’est pas un palace
Je n’en aurais que trop de place ;

Je n’ai qu’une seule fenêtre
Ce vitrail suffit à mon être ;
Mille feuillets sur mon bureau
Trônent sous ma plume en sureau,
La lueur de mon home agreste
M’offre sérénité céleste ;

Le matin, timide ma lettre,
Ne sais-je pourquoi viens émettre
Le chant des guérets crénélés,
Et les petits chanteurs ailés
Comme les cœurs de faust y causent
Aux anges en notes se posent ;

D’un galant sourire l’aurore
Flatte encore à peine la flore,
Le ciel poudroie avec sa main
Ganté de blanc l’autre demain
Et dans ma taverne de vers
J’écoute parler l’univers ;

Assise sur son dais ma plume
Regarde L’averse d’écume
D’un silence religieux
Faisant son bruit élogieux
Se brisant joyeux sur ma feuille
Que seulement mon encre effeuille;

Cent mille château ceint de gemme
Renaissent comme au champ le lemme
Des blés emmiellés la nuit,
Pâle celle à qui rien ne nuit
Se nourrit de l\’or par le verre
Chutant sur mon mot de trouvère;

Partie 2

Dehors s’éclipse un monde étrange,
L’une après l’autre sur la frange
De flanelle blanche en bourgeon
Des nuages, tel l’esturgeon
Des océans d’or de la lune
Les astres dévalent leur dune ;

Le froissement des mains galantes
De ces mille étoiles régentes
Sur le velours et le coton
Trace l’esquisse d’un feston,
Tandis que l’eau facétieuse
De rosée naît malicieuse;

Et les perles neigent de l’arbre
De Dieu sur l’herbe teint de marbre,
Ma plume alors suit le sillon
resplendissant du bataillon
De cordes de luth et s’amuse,
Sur l’épaule d’aube camuse ;

Mon chalet devient le palace
Des oiseaux qui garde la place,
C’est en ses heures que tu bois,
Oh chevreuil l’eau au fond du bois,
Et le chat brise avec flagrance
Son pas le menant vers l’errance ;

Ma rime encor rêveuse, écoute
L’air de l’effeuillage de route
Que fait le céleste soleil
Sous l’orbe lui tenant conseil
Sa tête s’emplit du sourire
De ses vers comme vit ma lyre ;

Mon vélin devient un théâtre,
Recevant les lueurs de l’âtre
D’azur en flamme kaolin,
Dessiné par les doigts de lin
Des nixes nicelles, d’un songe
Mon papier boit l’aube d’oronge;

Partie 3

Une soprano Florentine,
Une mélodie Argentine,
Une autre valse de Chopin,
Sur l’once d’un pauvre lopin,
Posé sur papier d’Arménie
Sous mes yeux l’encre de génie ;

Que pourrait la terre infertile,
Sans la sève oh muse fertile,
L’imagination ce pas
Galant sans fleur, est son trépas
Et dans ma taverne de vers
J’écoute parler l’univers ;

Les ange plume les étoiles
D’Apollinaire sous ses voiles,
Il dérive vers l’aqueduc
Portant mon chalet, ô grand duc !
Fend l’espace dès ton envol !
Oh ma barque suspend ton vol !

Je ne suis rien, sais tu ma muse,
Ma lettre le matin s’amuse,
Pourtant elle travaille l’or
Le rubis, sais-je le décor,
D’ailleurs de son ailleurs, aimée
Fait sans moi la rime essaimée ;

L’on me prête moi le copiste,
La notion d’un vieil artiste !
Que fais-je si ce n’est rêver
Louant ce que doit endêver
Qui ne rêve de la nature
Glorieuse en faisant rature ;

Qui créa la flore et la femme ?
Ce vieux thyrse rouge et sa flamme ?
Les prés où s’ébattent l’oiseau ?
Les lac où pousse le roseau ?
Je ne connais pas la genèse !
Poésie en est l’exégèse ;

Partie 4

Oh qu’il m’en fut conté d\’histoire
Sur le bien le mal, délatoire
Épître, le laid et le beau
Du Tibre au vieux pont Mirabeau
Mais dussè-je vous le décrire ?
Mon amour je préfére en rire !

De mon petit lopin de terre,
Dans les aromes d’un parterre,
L’invisible beauté ma fleur
L’apprit au souffle de chaleur
De son pétale avec merveille,
D’un temps humide où l’hiver veille;

Dans la neige de l’aubépine,
Par le zéphyre, sans lésine
Semée au soleil de l’été
Dessinais l’attrait hébété
D’un vieux poète insouciant
Seul de son vers se souciant ;

Et par la charmille boisée,
Revenait la saveur croisée,
D’entre le santal et le houx
Sous l’aile velours des hiboux,
Tout le jour durant sur ma page
S’écrivant d’un étrange alpage ;

Mon asile avec sa sous pente
De pin sylvestre de manante
Résine odorante enivrait
Les mot que la saison livrait
Là, je compris enfin la vie
L’augure qui créait l’envie ;

Ainsi donc la sempiternelle
Révolution oh charnelle
Serait ton nom contre son sein
Poésie avec ton dessein
Alors ma petite demeure
Respire d’où le beau se fleure ;

Partie 5

L’obscur poursuite des secondes
Passe par de si belles rondes
Quand d’arabesques mon papier
Tu deviens sublime drapier
Emportant de l’azur sa courbe
Sous qui ta lettre se recourbe ;

Mon habitat tout bleu, résonne
Accompagné du son qui sonne
Au campanile, le clocher
Épris sous le lapis nocher
Guidant élégant les oiseaux
Vers le sommet des arbrisseaux ;

Et ces compagnons d’infortune
Sont une bien noble fortune,
Qu’il soit, bulbul ou rossignol
Des blés d’or, lavande Pagnol,
Jamais leur mélodie fidèle,
Ne fut une aurore infidèle ;

Et mes arbres quant vient l’automne,
Sont si fiers de la chute atone
De leur feuillage tournesol,
Tombant enivré sur le sol,
Pour laisser les mains entrouvertes
Aux moineaux et agapes vertes ;

Le renard de raisin vermeille
Se rompt s’envole la corneille
Au bois par mille les cheveux
Des mélèzes dansent des voeux
De mon oraison de poète
Dans la saisons du vers en fête ;

Le trouvère n’a pas de temple
Pourtant voyez son home est ample,
Aucune richesse, trésor,
La gloire d’une rime d’or,
Son logis devient un palace
Ses poèmes manquent de place…

Daniel Beau le poète rêveur

Jeudi 01 septembre 2016

  • Vues1817
  • Aime0
  • Évaluations12345

©2021 Jepoeme.fr L'utilisation du site JePoeme.fr implique l'acceptation des Conditions d'utilisation. Règles de confidentialité

eleifend luctus Praesent facilisis Praesent accumsan risus. ipsum quis

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?