Le faisan qui faisait la cour

Par une chaude journée de fin de printemps,
Il était un beau faisan qui faisait la cour
Aux femelles de son bois. Cela fait longtemps
Qu’il se préoccupe des tourments de l’amour !
Nuit et jour il fait admirer ses belles plumes,
Qui paraissent scintiller de mille couleurs.
Il voyage donc, cherchant l’élue de son cœur,
Mais, sans succès, il prend sa queue pour une enclume.
« Démon que cet attirail ! », se plaint l’animal,
« Je me sens comme une fleur qui perd ses pétales.
Voilà qu’une fois encor mes efforts sont vains ! »
Il parle ainsi, et voit soudain,
Un couple de mignons petits inséparables.
Il est pris d’un mal indomptable,
Et ne peut s’empêcher de caqueter :
« C’est bien ma chance de les voir se bécoter !
Qu’importe la saison, ils continuent à s’aimer. »
Il s’en va donc, jaloux et dépité,
Mais il ne fit que quelques pas.
Un perroquet le rattrapa,
Et lui tint à peu près ce langage : « Tu sais,
Tu dois les oublier. Ta vie est devant toi ! »
C’est sur ces mots qu’enhardi, Faisan le quittait,
Et décida son amour de changer de proie.
Il quitta sa forêt, déçu par les faisanes.
Sur son chemin il rencontra
Quelques demoiselles Aras
Dont les charmes le firent bête comme un âne.
Hélas !il découvrit que malgré leurs plumages
Chatoyants, leurs rires et leur admiration,
Toutes suscitaient en lui déception et rage.
De fait elles lui dirent avec détermination :
« Je t’aime beaucoup, mais tu n’es que mon ami. »
Vaincu, notre volatile se crut maudit,
Et s’en retourna, en pleurs, dans son ancien bois.
Il se tourna vers le ciel : « Qu’as-tu fait de moi ?
Qu’ai-je donc fait pour mériter pareil supplice ? »
Il faut savoir que le ciel est plein de malice,
Et que l’oiseau ignorait ce que nous savons.
Pourtant, ce jour-là, celui-ci lui répondit.
« Comment ? Tu oserais te plaindre de ta vie ?
Est-ce ma faute si tu n’es que déception ?
Tu es vivant, en bonne santé. Pour ta peine,
Je te condamne à ne jamais trouver l’amour !
Il faudra bien que tu comprennes
La vie pour que je lève la sanction un jour. »
D’abord désespéré, le faisan se souvint
Des paroles du perroquet, douce chanson.
Malgré la perte de ses plumes, il soutint
Que pour la joie il remplirait les conditions.
Les années passèrent, sans qu’il n’eût réussi,
Mais un matin, il fut guéri !
Il sentait que son cœur était léger,
Il sentait qu’il était prêt à aimer.
Pourtant il s’écroula, aux portes du bonheur :
Il avait été abattu par un chasseur.

C’est une leçon bien cruelle de la vie :
Pour aimer on n’est jamais prêt à temps,
Et quand on l’est enfin il est trop tard !
Soit le temps, soient les sentiments auront passé.
Voilà pourquoi j’ai toujours peur d’être esseulé :
Je sens que l’amour me fuit, me vient puis repart,
Celle que j’idolâtre ne m’aime pas tant ;
Je suis pris dans un cercle vicieux infini !

RB

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