L’air des temps.

Histoire courte en vers.

L’air des temps, accroché à la cloison d’antan
De l’horloge vieillissante, n’a plus vingt ans.
Il est l’âme vivifiante, la bouffée calmante
Du domaine en pleine crise de décadence.
On néglige la présence de l’air des temps
Depuis les deux récents derniers conflits sanglants,
On se débarrasse de sa vile existence,
Même quand le chant du coucou bat le silence.
La propriété provenant du premier empire rayonnant,
Délabrée, n’a plus de cachet au temps présent.
Un grand champ de hautes herbes d’aberrance,
Cachent les traits de la noblesse défaillante.
Au gré des saisons, la pluie, la neige et le vent
Guident la clôture en fer à l’écroulement.
Le comte et la comtesse de la Videlande
Ont vécu dans l’entente en ère florissante.
À leur service du personnel compétent,
Des domestiques touchant des gages décents.
Trois garçons, nés de leur union fracassante,
Ont un poste valorisant dans la finance.
Habitant encore avec leurs bons vieux parents,
Les rapiats, en voitures à coûts effrayants
S’obstinent dans une totale indifférence
À une sauvegarde de la résidence.

L’air des temps souffre de ce désœuvrement.
Pourtant le trésor d’un passé agonisant
Repose dans la grande maison sans défense,
Attendant le passage de la providence.
Gisant dans un malentendu avilissant,
Un mobilier recélant la valeur des sens,
Dort sur un sol délavé en persistance,
Des tableaux des artistes avec référence
Dissimulent mal le discrédit révoltant
Des murs aux motifs désuets et lactescents.
Un téléviseur à grand écran représente,
À lui seul, toute la modernité vivante.

L’air des temps, attaché aux douloureux moments
Retient les années où trépassent les parents :
Oncle Fernand, enrôlé dans la Résistance,
Dénoncé à la Gestapo intransigeante,
N’a pas survécu aux sévères châtiments
Au cours d’un interrogatoire virulent,
Grand tonton Laurent est tombé à dix-huit ans
Sous les salves d’artillerie des Allemands,
La comtesse tourmentée par la sénescence
Est morte dans une léthargie suffocante.
Elle a pris une servante, de son vivant,
Une dame très aimable de soixante ans,
Nourrie, logée, pour les courses et la cuistance,
Et même pour les causeries en confidence.

L’air des temps reste aux abords des évènements,
N’étant que l’observateur des bouleversements.
C’est sur les soins palliatifs d’une aide-soignante
Et grâce à la complaisance de la servante
Que le comte s’appuie sur la canne du bon sens.
Les fils devenus de plus en plus insolents
Ne versent plus au père leur reconnaissance.
Le domaine est le thème de leurs mésententes,
Le vœu d’un départ imminent du père égrotant,
L’effleurement d’un parricide extravagant.
Nul n’est partant pour cette odieuse manigance,
La bassesse des derniers de la Videlande !

L’automne s’agrippe à la tristesse du temps,
La mort certifie à vie les enterrements.
Le comte décède un soir du 11 novembre,
L’armistice d’un combat contre la souffrance.
Les frères attendent le verdict du testament,
Mais le père l’a rédigé tout autrement.
Les biens reviennent à la femme aide-soignante
Et, étonnamment, à la fidèle servante.
Le meubles sont mis à une vente à l’encan,
Sous le marteau d’un estimateur éminent,
Un riche promoteur consent à la jouissance
Du domaine pour une somme exorbitante.
Les deux femmes palpent un trésor indulgent
Tandis que les nobles frères récalcitrants,
Résignés à dépenser leur propre finance,
Cèdent avec fiel, l’espoir à la déchéance.

L’air des temps reprend vie dans la rue Montherlant
Dans le magasin d’un horloger artisan.
L’horloge revivifiée à la renaissance
Ragaillardit son tic-tac de reconnaissance
Et le chant de son coucou joyeux et charmant
Au sauveur à chaque instant, à chaque moment.
Les consœurs fixées au mur de la tolérance
L’accueillent avec une extase clairvoyante.
L’air des temps, toujours observateur prévoyant,
S’inspire de la clarté de ces sentiments
Pour une hétérogène et sensible légende
Dans cette nouvelle aire de source de jouvence.

                              Marcel Moreau.

 

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1 Commentaire
  1. Perceval 3 ans Il y a

    Impressionnant !
    Triste Saga qui trouve une fin méritée !
    Amitiés
    Perceval

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