La sagesse populaire

Quelques proverbes et expressions populaires illustrés à la manière des fabulistes, en souvenir de La Fontaine.

 

 

 

La sagesse populaire

 

*

 

– ‘Qui trop embrasse mal étreint’ –

 

Toujours il déclarait sa flamme

Ému, pour un oui pour un non.

Sans cesse il courtisait les femmes,

Trop souvent plus que de raison

 

Mais le sexe faible déçu

Ne vibrait pas entre ses mains,

Car de tous, il est bien connu :

Qui trop embrasse mal étreint

 

*

– ‘Qui ne dit mot consent’ –

 

Devant le juge, embarrassé,

Un rustre attendait sa sentence

La fille qu’il avait outragée

Était muette de naissance

 

J’ignorais qu’elle se refusait

Car depuis ma plus tendre enfance

On me la souvent répété :

Qui ne dit mot consent d’avance.

 

*

– ‘La vanité, comme les insectes, se repaît de tout petit rien’ –

 

Dans des élans d’accent antiques

Pérorait un politicard

Devant ses paires un peu sceptiques

Il glorifiait sa propre histoire

 

Et pour la rendre moins abjecte

Ajoutait des détails sans fin.

La vanité comme les insectes

Se repait de tout petit rien

 

*

 

– ‘En cheminée étroite on fait bien grand feu’ –

 

Une pucelle un peu pressée

Avait décidé d’être femme

Pour découvrir émoustillée,

Les affres qui plaisent aux dames

 

Elle se donnait sans hésiter

Dans les bras d’un amant fougueux

C’est en étroite cheminée

Que se consument de grands feux

 

*

 

– ‘Il est aisé de dire, et autre chose de faire’ –

 

Un fanfaron au fond d’un bar

S’inventait des heures de gloire

Quand un voyou sans crier gare

Vola un sac sur le comptoir

 

Mais lorsqu’il fut question d’agir

Le héros faisait une pause

Il est toujours aisé de dire

Mais faire est une tout autre chose

 

*

 

– ‘La moquette est assortie aux rideaux’ –

 

Un amoureux trop exigeant

N’aimait que les blondes véritables

Il sacrifiait ses sentiments

À cette manie regrettable

 

Lorsqu’il faisait une conquête

À l’instant du tendre huis-clos

Il vérifiait si la moquette

Était assortie au rideau

 

*

– ‘Le mieux est l’ennemi du bien’ –

 

Rodin peaufinait un profil.

Il retouchait l’angle nasal,

Avec son vif ciseau habile,

D’un nez de porphyre idéal,

 

Que le créatif burin

Brisa malencontreusement.

Le mieux est l’ennemi du bien,

Il l’oubliait bien trop souvent.

 

*

– ‘À quelque chose malheur est bon’ –

 

Deux sœurs avaient l’âme pâtissière

Elles composaient de bons gâteaux

Des tartes aux pommes incendiaires

L’une tomba sur le carreau

 

L’aînée la retourna tout net

Et elle en fit son invention

Depuis elles savent les sœurettes

Qu’à quelque chose malheur est bon

 

*

– ‘Mieux vaut se corriger soi-même qu’être corrigé par les autres’ –

 

Un poète révolutionnaire

Écrivaient des vers enchantés

Que les critiques n’aimaient guère.

Car moins du tiers ils comprenaient

 

L’artiste fidèle à ses poèmes

Avait compris avant les autres :

Mieux vaut se corriger soi-même

Qu’être corrigé par un autre.

 

*

– ‘Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise’-.

 

Une Nymphe un peu demeurée

Dans une rivière plongeait

Encombrée de nombreux rochers.

Elle recherchait le saut parfait,

 

Sortait abîmée, douloureuse

Voulant améliorer son saut :

La cruche en une eau dangereuse

Finit par se briser les os.

 

*

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