La famine en fleur

 

La famine en fleur

Je ne risque plus rien.
Je ne ressemble plus à une femme,
juste à un bouquet de brindilles
échoué dans la poussière et le vent.
Je n’ai plus de lait
et les grands yeux de mon fils n’y peuvent rien,
il n’a même plus la force de fermer la bouche,
les mouches le savent bien,
elles qui le harcèlent avec la constance
des mauvais parfums
Il est si maigre que ses os
tentent à chaque instant
de s’échapper de sa peau.
Je le caresse à en user mon amour,
je lui chante cette berceuse
qui le plongeait dans la l’émouvante béatitude,
je le berce avec des douceurs de renaissance.
Il a marché je crois, il a chanté, il a ri,
Il a joué dans l’eau et dans les arbres,
mais là il semble s’écouler vers la terre.

J’ai oublié la pluie
J’ai oublié l’herbe fraîche
J’ai oublié l’ombre
J’ai oublié les belles récoltes
et le lait tiède des chèvres,
la viande grillée
et l’eau fugace du dernier puits.

Je ne risque plus rien,
mon fils non plus, il va essayer la mort.

Christian DUMOTIER
Mane le 8 juillet 2019
« Poèmes, prose et autres divagations » aux éditions Baudelaire

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