Je suis mort.

Je suis mort. Il y a eu des obsèques, puis j’ai été enseveli.
Depuis, je suis allongé tant bien que mal dans ce drôle de lit.
J’essaie de bouger, mais, pas facile tant je suis à l’étroit.

Alors j’attends. Il parait qu’ils viennent toujours à trois,
Les djinns qui vont me harceler de questions religieuses.
Ils seraient armés de gourdins avec des pointes au bout.
Et, gare au candidat aux réponses évasives ou litigieuses.

Il y a le questionneur et le tourmenteur ; le troisième, debout
Pas loin, derrière un pupitre sur lequel trône le grand livre,
Attend, un crayon à la main, les réponses qui délivrent.
Le grand livre serait ouvert au chapitre qui me concerne.

Les grands qui nous racontaient cela à nous les marmots,
Nous baratinaient ferme en martelant chacun de leurs mots.
Quand j’y repense, leur discours malencontreux me consterne
Car je crie haut et fort qu’il est lâche de mentir aux gamins.

Je suis mort et déjà je regrette l’intrépide petit gredin.
Je suis mort et je regrette aussi le parfum du jasmin
Qui, emporté par la brise, s’échappait de tous les jardins.

Par toutes les rues et sur toutes les places, on le sentait flâner
Apportant du baume au cœur à chacun avant de se faner.

Quelles étaient belles les jouvencelles de ma rue.
Quelles étaient belles ces femmes qui passaient sur l’avenue.
Je les lorgnais avec insistance malgré les foudres encourues.

Je n’ai jamais su ce qu’elles étaient toutes devenues,
Mais leurs joliesses à toutes dépassaient la magnitude.

Quelles étaient belles les fleurs dans les jardins.
Qu’ils sentaient bons les fruits arrivés à leur plénitude.
Qu’ils étaient agréables ces sentiers propices aux gadins.
Qu’il était radieux mon ciel dans son bleu inaltérable.

Je ne suis plus, mais ce qui m’est arrivé était inexorable.
Je ne reverrai plus le soleil cet astre de vie bon pour le moral.
Je n’entendrai plus se fracasser contre les fiers rochers,
Les vagues qui se jettent avec frénésie sur le littoral.

Je voudrais fermer les yeux et cesser de me raccrocher
A toutes ces choses dont j’ai été privé le jour de mon décès.

Mourir c’est trop dur. Et, quant à moi, je n’étais pas pressé.
J’avais encore tant de gens à voir et tant de tâches à effectuer.

Hélas, cette salope de faucheuse qui a longtemps guetté
Le moindre de mes mouvements, a ricané quand elle m’a tué.
Mon cœur ne connaitra plus aucune gaité.

Je suis mort et je ne pense pas un seul instant
Avoir le bonheur de retrouver ma tante dans cet au-delà
Parce que tout ce qu’on nous promet, c’est du blabla.
Tout ce dont on nous menace est inexistant.

Je suis mort et j’attends, mais il ne se passe rien, décidément.
Personne n’est venu me chercher pour m’emmener je ne sais où.

Trépas ; inhumation ; putréfaction ; asticots ; blanchiment.
Il y a des prisons qui ne connaissent pas la levée d’écrou.
Dans leurs cellules, c’est la perpétuité pour tous les condamnés.

Il n’y a ni purgatoire, ni enfer, ni paradis, ni ambiguïté.
Le défunt s’en tient à son petit lotissement pour l’éternité.
En conclusion, un mort est un détenu à jamais abandonné.

Fin.
Mahdaoui Abderraouf.
Le 23 février 2013.

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