Derrière mes mots il y a le front penché d’une forêt morte
Des eaux, profondes vertigineusement,

En reçoivent l’image grise,

Où doucement tremblent les noirs épars,

Et comme les lances brisées
D’une bataille que j’ai perdue.

Mes mots, derrière eux, dans l’ombre qui mousse à mes lèvres,
Derrière leur rires teints, peints , derrière leurs rires feints,
A l’écart, mais proches de leurs fausse lumière,

Se tient la tristesse toujours,
Massive, assise sur ma poitrine, dévorante, pesante, sur ma poitrine
Sur ma poitrine affligée d’un cœur et que ses longs doigts durs déchiquettent…

Derrière mes mots, un noir été saigne ses fleurs et ses oiseaux,
Un jeune voyou de quinze ans, derrière mes mots savants, pleure dans sa cellule,
Noire comme mes mots,
Comme les eaux où plonge le front mort de ma forêt morte,
Noire comme ce poème que je lance aux vents…

Mes mots, derrière eux, qui coulent de ma bouche, coulent les vers
De la gueule ouverte d’un chat mutilé par l’acier des routes…

Mes mots se plantent en moi, s’y fichent

Dans son creuset les a forgé un chagrin très ancien
Vaste comme ce ciel bas qui m’oppresse,

Vaste comme ce ciel où semblent comme un lourd troupeau les nuages,
Un troupeau d’un calme de mort, un troupeau de crânes cornus,
De vaches émaciées et qui paissent la tristesse qui m’ennuage,
Fait en moi régner une brume,

Fait en moi, qui gémis, sinuer un sentier solitaire qui me chemine,

M’égare dans la nuit, me chevauche,

Un très ancien chagrin dont la cause se perd, comme l’âme des morts,
Comme au plus haut du ciel le fuseau de l’aronde…
Il se perd, mais, issue de son cœur, de son foyer central

brasillant je ne sais dans je ne sais quel drame d’enfance :

Ce chat que j’ai perdu, cette mère en allée,

Cette pluie qui tomba et qui nia mes larmes,

Mille rayons font miroiter la grave et douce et triste horreur des choses…

Il me vint, ce malheur d’une fille. Ses tempes
Étaient si creuses, Dieu…elle mourut un jour.
Si savais-je son nom, je l’oublierai toujours.
Il s’avança vers moi et son ombre était longue,
Dieu…Le regard de ce chien ne cesse dans ma nuit
De pleurer un regard de tendresse infinie,
Cette tendresse-là, ce si pauvre nectar…
Mon Dieu qu’il était seul, ce chien dans sa détresse !

Mes mots jaillissent d’eux, émergent de leur sang.
Ils s’ébrouent de leurs nuits, de leur malheur humide,
Ils se tordent en moi, cruellement me brûlent,

Ils exigent de moi que les chante ma mort.
Ils attendent en hurlant, sous mes rires contraints,

l’atroce prophétie de ma chair sur les rails.
Ils guettent mes couteaux et leurs lames pensives,
Ils battent à mes poignets ainsi que des enclumes…

Il me vint, ce malheur, des yeux creux de mon père,
Et toi, frère parti…ta guitare est sans voix.
Mon frère, le grand vent, t’a-t-il prêté sa harpe ?
De ce pauvre copain qui lesta son écharpe
De son corps fatigué de mourir chaque jours…
Ils me viennent, mes mots, d’un si cruel amour.

Mes lèvres accouchent d’eux, gluants de rires sombres,
Et lorsque je me tais, c’est que je suis perdu,
Errant parmi mes morts, mes chiens et mes fillettes,
Dans les blêmes halliers de ma forêt sans lune…

 

E.

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2 Commentaires
  1. Lightpumpkin 1 semaine Il y a

    Erreur de parcours, je n’ai mis que deux étoiles ( et je ne sais pas le modifier) mais c’est un ciel que j’aurais pu mettre :p
    Cela me donne envie d’écrire !

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