Elle se penchait sur moi, son visage était pur,
Ses yeux étaient si doux que les miens se baissaient,
Sa peau brûlait ainsi que brûlent les torchères,
Et je n’ai jamais su son nom le plus secret.

Les herbes ont des chants, et la mer des sanglots,
Ma poitrine est levée comme une terre noire,
Et je n’ai plus de chants, ni de vin à cuver,
Et brisés sont les luths et les violons sans âmes.

Je ne sais le chemin de salut, la prière
Qui émouvra le front de la belle la-bas,
Celle que j’ai perdu un matin de sabbat
Mon corps est étendu sur la noire bruyère.

Elle pesait sur mon bras, me couvrait de son ombre
Sa bouche souriait. Je ne souriais pas.
Les chemins lumineux semblaient porter nos pas,
Et j’ignorais son nom que le passé obombre…

Poète va et seul, lourd de ta peine atroce,
Tu ne seras compris que des chiens et des bois
Pensifs, profonds et noirs, où l’on vit quelquefois
Des pendus amoureux aux pieds griffant l’écorce.

Plus encore que la mort, le chagrin est véloce,
Tu n’avais de raison que pour savoir cela,
Ta science est noire et sûre, Ô poète seul va
Sur le trimard d’enfer : le chagrin est précoce…

Vers ce plat ciel griffé de Jets et de vampires,
Et vide vastement comme un regard de mort,
Je tends mes bras saignants ! Mais il n’y a de port
Que le neuvième enclos où la Toussaint se mire…

Je chanterai tes ifs, Mort, ma grave rieuse !
Tes chants sonores, tes bleuets, ta couronne de fer !
Tes charmantes douleurs, tes antres, tes enfers !
Le miel de tes martyrs qui saigne sur les yeuses !

Je suis triste à mourir, plus triste qu’un rocher !
Plus encore qu’une fleur que le jour abandonne,
Si je puis donc chanter, ce chant je te le donne
Ô doulce Mort que m’a ta couronne écorchée !

Déesse des marais, donne-moi des gisants,
Les calmes hypogées et leur sommeil de pierre,
Déesse, j’ai si mal ! Arrache mes paupières !
Jette aux larves ce cœur qui ira se brisant !

( Décoché d’une bouche aimée, que j’aime encore,
Un baiser m’a tué, peut-on crever d’amour ?
Je tracerai ma peur jusqu’au lever du jour :
Il coulera sur moi comme un vain hellébore…)

J’irai le longs des rues sans foules,
Au long cour des nuits ahuries,
Corps mort qu’emportera la houle,
Chantant Stella avé maris!

Seigneur des mondes, inconsolables sont tes vins.
Rien n’apporte la paix, pas même la prière,
Je saigne trop Seigneur, où est la froide pierre
Qui scellera dès lors mes intimes chagrins ?

J’ai peur de ce baiser,Il me tue ! Il me tue !
Arrache ce baiser de ma tête et me crève !
Qu’une violente mort et m’empoigne et m’enlève
Plutôt qu’encor sentir ce baiser qui me tue !

Donne-moi de l’opium, Seigneur ! Où est donc ta puissance !
Tu ne sais terrasser de ta main un baiser ?
Ô donne-moi l’oubli des plages solitaires,
Des prisons, des cachots, des navires coulés !

Fais mon corps devenir ou plus lourd ou léger
Qu’une larme d’oiseau ou qu’une apocalypse !
La bouche d’un volcan est l’antre désirable
Au perdant mutilé qui recherche l’oubli !

Fends la terre, seigneur, qu’un abîme me bouffe !
Les métaux sont méchants qui m’annihileront !
Ne plus être, Seigneur ! aies pitié de ma haine !
Aies pitié de ma peine, vois mes larmes rougies,

Mes yeux qui jutent épais leur foutre de détresse !
Mes joues creusées d’horreur et mes cheveux dressés !
Vois ma tremblante main qui saisi ma gauloise
Et mes lèvres trahies que trempe un thé amer !

Bientôt tout se taira, accablé sous la poudre…
Elles cesseront leurs Lieds, les branches du printemps,
Tout versera dans l’ombre et l’encre du néant,
Bientôt ne restera rien qui ne puisse absoudre…

Toi-même, mon amour, pour qui je plaide l’or
Des nuages d’en haut où les séraphins chantent…
Et la pitié reprend ma colère méchante :
Ô tes cruelles lèvres…Ô toi que j’aime encore…
Ô front que j’ai baisé, Ô petite croix d’or !

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2 Commentaires
  1. Plume bleu 3 mois Il y a

    Un mot;Sublime

  2. Auteur
    Morelie 3 mois Il y a

    Merci, chère plume bleue mon seul lecteur…

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