Coeur salé

Jadis, mon triste coeur
Battait la cadence
De la chaleur
Qu’exhalaient les tambours
Des rameurs
Des galères;
Partant de Seine-Inférieure
Ou de Cherbourg,
Pour y gagner une sinistre guerre
Vers la dense plaine qui danse.

Ils ramèrent
Droit vers leur drame amer.
Ils frappèrent les vagues
De leur lourde dague
En bois contre l’insensible
Eau qui cognait contre les parois
Des coques, et qui déjà se moquait
De ces hommes-marins, ces “rois
Des mers”… maquillés… risibles;
Sur une vaste jungle de mâts, véritables perroquets!

J’ai vu ce qui c’était passé,
Que je narre ce que je navre!
Dans les ports où ils s’étaient amassés
Tous partirent de leurs pacifiques havres.

Les ennemis et alliés se rejoignant,
Les premières salves retentirent soudain.
J’y ai aperçu des événements poignants,
J’y ai entendu des sourds bruits lointains.
Car nous étions sur un des navires.

Néanmoins, un peu à l’écart:
Notre capitaine voulait s’éloigner du pire.
Quel noble lâche! Nous qui voulions rejoindre nos camarades
Nous nous unissâmes… et sans force… je pris la barre
Afin de reperdre de vue la dernière rade,
Nous rapprocher en danger nos compagnons
Afin de tous s’unir sous une unique bannière tricolore, un même fanion!

J’ai vu ce qui c’était passé,
Que je narre ce que je navre!
Ils parvinrent à dépasser
Le dernier cap, le dernier havre.

C’était un mystérieux maritime Far-West
Mais le feu du phare qui sillonnait les airs était celui des flammes
Rayonnantes des esquifs sur les flots en furies
Comme une écumante sombre lame
Marine tranchante, plantée en plein coeur indigeste!
Le galop des vagues venait heurter nos corps, en folie!
La bataille dura, et le temps qu’il fallait:
Des astres du matin au lendemain désastres;
Qu’on pouvait néanmoins voir dans le triste ciel couvert briller!

Mais hélas, comme un fard d’eau, les excusait
La brise brisante comme un brisant qui brisait
Les corps et cors des décors des corsaires et corvettes
Qui escortaient, s’escamotaient en escapade d’escarbille d’escampette!
Mais l’on ne pouvait rien apercevoir
Sous l’épaisse épée du bourbeux brouillard
Tous les bilans sur un même tableau s’encastrent!

J’ai vu ce qui c’était passé,
Que je navre ce que je narre!
Mais j’en ai marre
De toutes ces cagnardes “royautés”!

Que ma lyre chavire vers les rives aux navires environs
Que de délires soudain me semblent effacer!
Que ma musique homérique jaillisse, à portée si lointaine,
Afin que les sons sortent enlacer
Les bords d’Hellène, pourtant si ancienne,
Mais que jamais arrivés, hélas, ne verront!
O, faim de pouvoir si vite consommer…
Les navires humaient une immense fumée!

Le Kraken: démon des mers aquariastres,
Agissait comme une abracadabrantesque pieuvre
Au fur et à mesure des nombreuses épreuves.
Ses monstrueuses fantastiques tentacules de ventosas
Nous battaient… nous fouettaient… plus que plastre!..
Ou suçaient et aspiraient, s’accrochaient et saccageaient
Les rafiots craquelant et les marins – nos camarades! – de manières enragées:
Soit en les dévorant, soit en les projetant… ventus de Satanas!

J’avais vu ce qui c’était passé,
Que je navre ce que je narre!
Les âmes de chacun vont toutes trépasser,
Vers un monde sans grande histoire!

De là où nous étions – mes matelots et moi -,
On voyait une forêt de grands mâts.
Mais ici, comme dans mon monde, tout brûle
Comme un gigantesque incendie qui pullule
Toute la surface terrestre et maritime!

Tous les continents sont ravagés
Notre univers, nos civilisations, nos sociétés… sont dévisagés!
Cessons nos vaisseaux, nos industries… vomir des colossaux
Nuages noirs. Comme un malheureux matelot
Qui a le mal de mer, moi j’ai le mal de voir! Cessons de faire d’inutiles victimes!

J’ai tout vu de ce qui c’était passé,
Que je narre ce que je navre!
Mon esprit reste terriblement ancré
Sur la vision d’une ligne de flottaison de nos… cadavres!

Et tous, nous aurons enlisé
Tout un monde qu’on avait “civilisé”!

Voici le sinistre tableau
Du monde qui va de l’eau.
Nous avons tous notre bataille de Trafalgar
A mener, mais tous du côté de la victoire!
Que la tempête déferle après l’orage!
Que l’Homme enfin s’enrage
Pour libérer la Paix,

Qu’Il a si longtemps enchaîné
Tel un Prométhée sur son rocher!
Qu’Il devienne le Flambeau du monde!
Qu’Il enflamme l’Univers de naturelles fleurs!
Qu’un novus tableau éclos de mille couleurs
Sur celui du précédent apocalypticos
Que ma plume écosse!

Pourvu que Notre Cosmos virevolte en rond,
Enfin, comme un abominable coup de canon!..
Ainsi, nous révolutionnerons tous… en formant une formidable ronde!..

Theysgeur-S. VdR 5-9 novembre 2007.

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