Ballade pour une homme LIBRE

Comme un enfant errant dans la ville endormie
Enfant des rues, enfant de rien, fils de la nuit,
Comme ce vieux déchu que le vin a saoulé
Et qui pleure, et qui bois, sur l’asphalte, affalé,
Comme la fleur de bitume qui arpente nos rêves
Et nos pensées sordides, et qui attend la trêve,
Comme ce vent glacial qui cogne à nos fenêtres
Comme un sanglot, comme un regret qui nous pénètre,
Et installe en nos rêves un fugace remord.

Mais l’enfant n’erre plus, il s’est couché dehors
Le nez dans le ruisseau, cœur brisé, cœur en miettes,
Et le vieux assommé par l’alcool de la fête
A sombré dans l’oubli et dans le désespoir ;
La femme s’est couchée, épuisée de trottoir,
Elle a rejoint sa chambre par la fureur défaite.

Et toi ? Et moi ?, et nous ? Pour quelques heures encore
Bercés d’indifférence, nous feindrons d’ignorer
Ces drames ordinaires que la conscience endort ;
Pour quelques rêves encore, dans l’oubli, emmurés,
Les paupières de la honte demeureront baissées.
Mais ce monde factice où nous sommes réfugiés
Bientôt disparaîtra, aux premières lueurs,
Et l’indicible peur qui taraude nos cœurs
Reprendra le dessus, forgeant au fil des jours
Des cortèges de haine et des fardeaux très lourds.

Eux, ont hurlé leur peine, ils ont pleuré leur honte
Ils ont l’âme meurtrie et la colère qui monte
Les larmes se sont taries, ils n’attendent plus rien
Que la misère de l’autre, ils se sentent vauriens,
Et la pierre ramassée cherche déjà sa cible.
Elle ne polira pas ! C’est un constat terrible,
Ultime affirmation d’une existence grise,
Ils lanceront un jour à nos consciences sans crise
Ce matériau banal, symbole du désespoir,
Qui corrode leurs cœurs; quel humiliant échec,
Quelle triste sentence, affligeante hypothèque
D’universel amour, miroir mon beau miroir…

Quand le soir redescend à nos portes verrouillées
Comme les serments prêtés en nos temples refermés
Ils sont tous là ! Telle une infirmité, muets,
Témoins de nos tourments, frappés d’indignité.

Nourriront-ils un jour une fragile flamme
Pour que leurs sacrifices et leurs immondes drames
Ne demeurent pas vains ?
Car le chemin est long
Dans nos cités profanes, si long, et si banal,
Que nous devons bâtir des routes et des ponts,
Pour découvrir enfin la misère abyssale,
De ces frères de l’ombre qui alimentent les peurs,
Que l’on avait enfouies tout au fond de nos cœurs.

Notre dessein est là ! Réduire cette fracture.
C’est un très bel ouvrage qu’il faut bâtir ensemble
Véritable chef d’œuvre, exaltation de l’âme
C’est une réparation pour cette déchirure.

Nous sommes si nombreux, il y a tant de lumière
Qui resplendit partout, tout autour de la terre
Et il y a tant d’amour, tant de fraternité,
Que nous finirons bien, parmi mille autres choses,
D’éradiquer ce mal ;
Il se répand si vite
Qu’il en devient banal au point que l’on évite
Par de savants détours, d’emprunter certaines voies
Au point que l’on oublie d’écouter et de voir.

Nous nous nous targuons pourtant d’être loyaux et libres,
Sommes-nous à ce point aguerris et sereins
Pour poursuivre notre quête d’un amour souverain ?
Avons-nous exhumé la mémoire et la fibre
Pour suivre sans encombre un cap prestigieux ?

Notre foi vacillante et des mains malhabiles
Nous révèle à propos que le rêve est fragile.

A ce stade nous avons une vague idée du lieu,
A ce stade nous cherchons auprès de nos aînés
Un soutien, des conseils, pour faire taire nos doutes
Et avancer encore, à nos rêves, enchaînés;

La flamme est si ténue à nos âmes en déroute,
Que nous distinguons mal à la porte de nos temples
Les oubliés de Dieu que camarde contemple.

A l’âge de déraison, comme les épis mûris
A la lumière blafarde d’une morne existence
Aurons-nous achevé de nos vœux la semence ?
Aurons-nous commencé la récolte et le tri ?

Ces mots que je vous pleure plutôt que ne les dis,
Ressortent du reproche que j’adresse à la vie.
N’y voyez point ici le moindre renoncement,
Je veux rester fidèle à mes engagements,
Et je forme le vœu, je caresse l’espoir,
De cimenter ma foi, pour sourire à la vie,
De baliser ma quête pour faire naître à l’envie,
Des vocations nouvelles sur lesquelles s’asseoir,

Entreprendre, tous ensemble, un gigantesque ouvrage,
Un chef d’œuvre durable, témoin de l’idéal,
Témoin de l’humanisme et du sens du partage,
Qui éclaire notre route, et qui n’a pas de prix.

Les anciens bâtisseurs avaient des cathédrales
Pour immortaliser leur Foi et leur génie,
Leurs chefs-d’œuvre témoignaient de leur quête d’amour
Pour un grand architecte qu’ils imitaient toujours.

Or que nous reste il au-delà de nos rites,
De ces chantiers d’antan que la splendeur habite ?
Par la spéculation sommes-nous méritoires ?

Très chère introversion cache misère sur la vie.

Il nous faut transformer nos visages ravis
Et puis nous replonger aux sources de l’histoire.

Nous avons abattu des dogmes et des lois,
Car ils constituaient des entraves sévères
Au bon sens humaniste qui affleure sur terre.

Je pose la question, sans passion ni recette,
Mais le monde que j’aime suivra cette requête,
Nous y mettrons le temps, la raison et le cœur,
Et puis, les jours viendront où sur terre le bonheur
Pourra se partager, où le mot « liberté »,
Deviendra synonyme de cette vérité
Que nous cherchons toujours, où nos comportements,
Deviendront exemplaires, pour accueillir l’instant
Où le monde profane nous fournira la preuve,
Que nous sommes bien libres et d’excellentes mœurs.

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15 Commentaires
  1. Auteur
    victormarie2 4 ans Il y a

    Le poème ci dessus fut écrit il y a bien longtemps…les choses n’ont guère évoluer, mais je garde l’espoir chevillé au cœur et au corps.
    Ce texte a été modifié car dans sa première production il était destiné à être lu à “des hommes de lumière” autrement appelés “enfants de la veuve”..

    Le titre original est: “BALLADE POUR UN HOMME LIBRE ET DE BONNE MOEURS”

    Amicalement
    VM

  2. Florabateaumots 4 ans Il y a

    C’est un long voyage .
    Bâtisseurs naufragés du grand architecte.
    Les attrapes coeurs de l’amour témoignent de la splendeur des cathédrales.
    Liés au chef oeuvre il poursuivent la construction avec le ciment de la foi et jamais ils ne proposent la démolition.
    “Et puis, les jours viendront où sur terre le bonheur
    Pourra se partager, où le mot « liberté »,
    Deviendra synonyme de cette vérité
    Que nous cherchons toujours, où nos comportements,
    Deviendront exemplaires, pour accueillir l’instant
    Où le monde profane nous fournira la preuve,
    Que nous sommes bien libres et d’excellentes mœurs.”

    J’apprécie le thème, le propos et la forme.

    Amitiés
    Flora.

    • Auteur
      victormarie2 4 ans Il y a

      Chère Flora
      je m’aperçois que j’avais omis de te remercier pour ton passage et ta gentille intervention
      dont acte
      amitiés
      Philippe

  3. lovely 4 ans Il y a

    La misère est partout,partout à chaque pas.
    Les uns tendent la main,d’autres ne peuvent pas,
    Ils gardent leur fierté comme dernier ressort
    Quand on a tout perdu,quand s’acharne le sort.
    Celle-ci condamnée par un grand magasin,
    C’est vrai qu’elle a volé,mais elle avait si faim!
    Et celui là encore qui ne sait même plus
    Depuis qu’il est dehors,ni son nom ni sa rue.
    On rencontre souvent des gosses mal nourris
    Qui s’en vont en haillons,des visages flétris.
    De ces petits gamins venus d’on ne sait où,
    De ces pays là-bas où l’on vit à genoux.
    Mais il nous faut savoir qu’il y a la mafia,
    Celle qui s’enrichit de tous ces pauvres la
    A qui l’on ne dit rien , à qui l’on dit “Monsieur”,
    Ceux là ne craignent pas la colère des gueux.
    Oui j’ai bien dit les gueux:les mendiants,les bannis,
    Les rejetés,les ignorés,les sans logis.
    J’en appelle à tous ceux, révoltés comme moi,
    Tous témoins impuissants devant certaines lois:
    Poètes écrivains de tous les horizons,
    Sans différence de race ou de religion
    Ecrivez aussi pour eux, pour ceux qui n’ont plus rien
    Nous sommes peut être un de leur dernier soutien.

    Amicalement

    L.

  4. lovely 4 ans Il y a

    V+*****

  5. Mireille Masson 4 ans Il y a

    ah ! cette humanité ! … déshumanisée, en fait !
    Les jours viendront où le bonheur pourra se partager, dis-tu ?
    je n’y crois pas pour le moment, seul, l’espoir est là, mais le reste ne vient pas encore ! !
    S’il faut quand même l’espoir garder, alors gardons-le !
    Merci ! c’est fort comme propos !
    Amicalement,
    Mireille.

  6. Auteur
    victormarie2 4 ans Il y a

    Merci Mireille
    Tu n’as pas tort…le bonheur semble bien difficile à partager en de tels moments, et pourtant il faut s’y résoudre
    merci !
    Amicalement
    Philippe

  7. Trémière 4 ans Il y a

    Joli soir cher Philippe,

    Il faut garder l’espoir et se serrer les coudes.

    Même si le bonheur reste difficile à atteindre, si nous avons par chance ou par force mentale ce qu’il faut d’énergie pour aider autrui : partageons.

    J’aime beaucoup ton écrit, cher Philippe.

    Tribises de Rose*

  8. Trémière 4 ans Il y a

    en cadeau : ” J’entends, j’entends”

    un poème de notre grand Aragon chanté par Jean Ferrat

    https://youtu.be/sIxUVCNq6bk

  9. Trémière 4 ans Il y a

    j’allais oublier :

    vote et ****

    ” sourire” et tribises de Rose

    • Auteur
      victormarie2 4 ans Il y a

      Merci ma très chère Rose
      Tes remarques sont toujours douces à lire et éclairantes
      tribises
      Philippe

      • Trémière 4 ans Il y a

        Joli soir cher Phillipe,

        Ta façon si gentille de me répondre fait que … je ne sais quoi dire …

        Pourtant, il y aurait tant à dire !

        Juste un mot alors : curieusement, tout au long de ma vie, j’ai eu la chance de côtoyer des hommes de lumière ( depuis mes années de lycée à vrai dire )

        Je les ai écoutés, je les ai regardé vivre autant que j’ai pu.

        Ce n’est sûrement pas … par hasard.

        Tribises de Rose émue et tellement contente de croiser ta route , cher Philippe*

  10. Felicia 4 ans Il y a

    un beau texte , une supplique à l’humanité qui est toujours d’actualité et le sera encor longtemps je pense

    merci pour ces sentiments exposés

    douce nuit

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