Âme-Moitié

J’avais l’âme meurtrie, le regard soupçonneux,
J’étais éparpillé défaisant mille nœuds,
Nul être à qui confier mes pesantes pensées.

Quand elle est apparue, comme par un sortilège,
Surgissant de nulle part, aux confins de ma peine,
J’ai vu soudainement se refermer le piège,
C’était inespéré qu’elle entre dans ma chaîne,
Qu’elle laisse s’échapper le torrent de ma haine,
Sans mot dire, écoutant, opinant, rassurante,
Elle répandait un baume à l’effluve enivrante.

Je déversais des heures un flot de désespoir,
J’étalais devant elle sans pudeur mais sans honte,
Mes blessantes pensées ce que nul ne raconte,
De peur que ne s’altère l’image dans le miroir.

Quand il advint enfin que le flot fut tarit,
Immédiatement je su qu’elle avait tout compris.

Ses yeux ne mentaient pas ! elle avait de la peine,
Elle semblait partager mon immense fardeau,
Complice silencieuse sur le frêle radeau,
Qui regagnait la berge et raccrochait sa chaîne.

Elle parla à son tour avec dans le regard,
Cette chaleur intense qui dévore et qui broie,
Elle parla de sa vie, des rencontres des hasards,
Qui la virent larguer les amarres de sa foi.

Elle cherchait aussi un havre et un salut,
Défaite par la vie, abandonnée, brisée,
Elle taisait ses souffrances et recherchait son but.

L’égoïste litanie de mes noires pensées,
Apparaissait soudain dérisoire, compassée,
Je voulus m’excuser, lui proposer mon aide,
Alors que ce faisant j’avais rompu le charme;
Il fallait seulement que j’écoute pour que cède,
Ses dernières défenses, qu’elle rende ses armes,
Et devenions complices, en partageant nos larmes.

Nous faisons des rencontres capitales, authentiques,
Il faut savoir saisir ces échanges magiques,
Il faut savoir donner autant que recevoir,
Il faut alimenter l’immense réservoir
Des forces humanistes ; c’est à notre portée,
Si nous sommes vigilants, si nous privilégions
L’écoute et l’empathie, et si nous conservons
La petite étincelle au fond de notre cœur,
Cette flamme ténue qui efface les rancœurs

Car l’authenticité n’a pas besoin de far,
Elle est asexuée, agnostique, incolore,
Pour atteindre l’extase elle projette comme un phare,
Ses baumes et ses onguents, un remède indolore
Qui panse les écorchures que la vie nous inflige.

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0 Commentaires
  1. Mireille Masson 3 ans Il y a

    Bonjour Victomarie2,
    Encore un texte qui me ravit : de l’émotion en plein ! les larmes dans les yeux !
    Ô tristesse ! mais c’est sublime aussi, la tristesse ! très profond !
    Un régal pour moi ! Quant aux alexandrins, vous savez ! Je les adore !
    Amitié,
    Mireille

  2. Auteur
    victormarie2 3 ans Il y a

    Merci Mireille, tes encouragements me vont droit au cœur mais j’admire pareillement ta sensibilité, l’originalité et l’ambiance de tes poésies
    amicalement
    VM

  3. Baguette 3 ans Il y a

    Très joli poème plein de sensibilité et
    d’amour tendresse, malgré une certaine
    mélancolie.
    Une ambiance propice à la méditation
    sur la recherche d’un Amour vrai et
    Authentique

    Belle journéepleine de soleil

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