Aliénation

C’est la fatalité qui fait naitre le crime
Quand les yeux sont perdus dans des spectacles vains,
Quand le corps se complait dans la drogue et le vin
Et que le cerveau lutte, et s’acharne, et s’escrime.

C’est la fatalité qui guide chaque pas
Quand l’esprit aliéné par les couleurs d’usine
Trouve un faux réconfort dans les vapeurs divines
De paradis maudits qui mènent au trépas.

C’est quand le quotidien n’est plus que parodie
Que son esclave, enfin, ne voit plus l’importance
De fouler le décor de sa pauvre sentence,
Et vomit les relents de cette comédie.

Dans les rues, les couloirs, dans les métros sordides,
Il ne voit que les chairs de la Médiocrité,
Les pantins vieillissants de la Moralité
Qui trainent leurs grelots d’un air hagard et vide

Sous l’oeil inquisiteur de la divinité
Dont le dogme sacré forge tout avenir:
Poursuivre aveuglément les choses à venir
Car avec le néant vient la sérénité.

Le soir, dans sa cuisine, il s’observe longtemps
Dans le reflet mordant d’un couteau de boucher;
De plus en plus distant, son esprit peut toucher
La frontière ténue d’un délire latent,

Comme un rêve noyé sous des flots d’artifices.
Il hurle; mais sa voix est-elle bien humaine?
Il hurle; cette voix, est-ce vraiment la sienne?
Son regard est parti vers de lointains abysses.

Il ne peut plus penser, ni manger, ni dormir
(La nuit n’est le repos que des sombres crétins);
Demain, dès l’aube, à l’heure ou le rêve s’éteint,
Il sera reparti dans de mornes empires.

Il reverra danser, à chaque heure du jour,
Sur les glorieux panneaux de la Publicité,
Les sourires repeints de la Stupidité
Bardés de leurs slogans qui palpitent toujours,

Et sur ses yeux rougis s’imprimera ce monde
Comme un tableau poisseux qu’il a vu tant de fois.
Dans cette éternité, son esprit et sa foi
Sont aussi consistants que les vaines secondes.

C’est la fatalité qui fait naitre le crime
Quand l’homme de raison devient son propre esclave,
Coincé par sa vertu dans de sombres enclaves
Et précipité dans de ténébreux abîmes;

C’est la fatalité qui guide chaque pas,
Quand l’esprit dévoré par l’humaine vermine
S’applique à ravager les pâles figurines
D’un monde qui s’achève et qui ne renait pas.

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4 Commentaires
  1. EricS 3 ans Il y a

    il faut parfois descendre
    de son regard hautain
    pour voir entre des cendres
    des restes de son fond de tain

    • Auteur
      Raldomor 3 ans Il y a

      Bonjour, et merci pour le commentaire.
      Mais il n’y a pas de regard hautain ici. C’est celui de l’aliéné, qui se sait être comme tous les autres, et qui méprise tellement sa condition qu’il glisse vers la “folie” et le crime.
      C’est ce que j’ai essayé de transmettre en tout cas..

  2. Mylicoeur 3 ans Il y a

    C’est comme si vous étiez tout comme moi spectateur par dessus mon épaule, de cette période tragique où tout à basculé, de cette déchéance insidieuse qui mena l’homme au crime odieux.

    Merci pour ces vers qui sonnent si juste à mes oreilles.

    Mylène

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